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CNRD : des rectifications indispensables !

La Guinée, a célébré ce 5 septembre, le premier anniversaire de la prise du pouvoir par le CNRD. Nous sommes presque tentés de dire que le pays célèbre plutôt le premier anniversaire de la fin de ce qui a avait été savamment appelé « le premier mandat de la 3e République ». Mais rendons à César ce qui lui revient et à Dieu son rang également. Le pays célèbre donc le premier anniversaire du CNRD. Un an. Soit 365 jours, de battements cardiaques d’un pays pris de haut par la chute d’un pouvoir agonisant et enivré par les promesses des nouveaux maîtres. Finis la dictature, la misère, l’exclusion, le népotisme, la corruption, les violences politiques… Bref le mal est chassé comme un vulgaire gibier.  Et vive la refondation, la rectification et surtout mort à l’ethnie. Désormais le pays a une boussole : la justice et la réconciliation la nationale.

Un an après l’heure du bilan sonne. Les Guinéens s’interrogent et interrogent. Seulement dresser un bilan dans un pays si complexe et en si peu de temps est une entreprise délicate. Mais le bilan a de ceci d’utile. Il permet de corriger les erreurs et de colliger les actions réalisées. Il est ainsi question de passer en filigrane les actes posés afin d’en ressortir la quintessence. Les Guinéens sont aujourd’hui partagés entre la fin d’un régime que certains jugeaient illégal, violent et corrompu et les promesses pour le moment sans lendemain du CNRD qui peine à convaincre sur sa réelle volonté et capacité à conduire les changements nécessaires au redressement du pays. Des rectifications sont nécessaires afin de redresser la barre des promesses du 5 septembre. Au nombre de ces rectifications figurent :

La transition ou plutôt la conduite de la transition : le CNRD peine à tracer la ligne directrice de la conduite de la transition qui va au-delà d’une durée. Un an après, l’agenda précis (différent d’une liste d’action) peine à se dessiner. Le CNRD doit définir un agenda programmatique du déroulement de la transition. Les militaires se doivent de décliner au détail près, le schéma planifié qui permettra un retour à un régime normal. Ce schéma doit comporter une durée précise, comblée par des actions concrètes. La priorité dans le choix des actions doit être portée sur ce qui est essentiel : la réconciliation nationale, la concertation avec les principaux partis politiques et la refondation de l’Etat.

La concertation politique doit permettre de définir avec les acteurs concernés, les étapes précises et une la durée nécessaire à leur mise en œuvre. Elle doit aussi permettre de définir le type de régime et la base constitutionnelle qui va permettre son essor et sa pérennité. Cette concertation doit se faire avec les acteurs politiques représentatifs :  l’UFDG, l’UFR et le RPG. C’est une folie de penser qu’il est possible de gérer la Guinée actuelle et de dessiner la Guinée de demain sans ces principaux partis. Il n’est pas question d’exclure les autres. C’est simplement lorsque l’on veut engager une discussion politique il va de soi qu’il faut la mener avec les partis représentatifs.

La refondation de l’Etat : la refondation de l’Etat semble être l’un des rares projets qui peut permettre au CNRD d’assoir une certaine légitimité pendant cette transition. Les Guinéens sont en effet, convaincus, qu’il faut pour reformer l’Etat une main ferme et forte à même de sévir dans le respect des lois et des procédures, lorsque cela s’avère nécessaire. L’idée qu’un pouvoir civile ne soit pas en mesure d’imprimer et de conduire les reformes indispensables est largement partagée dans l’opinion.

La refondation de l’Etat doit passer par la définition des statuts, attributions, limites, moyens de chaque structure administrative. Malheureusement l’orientation prise aujourd’hui s’incarne plutôt dans les décrets et les nominations. Le Président Alpha Condé a commis la même erreur. Après avoir fait le diagnostic lucide sur l’état de déliquescence de notre administration « j’ai hérité d’un pays sans Etat », il a pensé qu’il suffirait de nommer de nouveaux cadres pour bâtir une nouvelle administration. Le CNRD empreinte le même chemin avec des décrets et des nominations dans tous les sens. Tout le monde cherche son décret aujourd’hui à Conakry.

L’esprit et la volonté de refondation de l’Etat doivent être repensés pour être des outils de réflexion, de définition des structures et organismes publiques et parapublics avec des attribution précises.

La formation doit également être un pilier de la refondation de l’Etat. L’administration est tellement incompétente que le taux d’encaissement des financements des projets auprès des bailleurs de fonds est l’un des plus faibles en Afrique. Pour être précis, l’administration guinéenne n’est pas suffisamment compétente pour monter les dossiers nécessaires aux décaissements et la mise à disposition des fonds déjà accordés.

Les errements de la CRIEF montrent à suffisance, qu’il ne suffi pas de mettre en place des structures. La CRIEF a été créée dans l’urgence, sans aucune analyse de fond.  Il aurait fallu faire l’évaluation des moyens humains à disposition et envisager les formations nécessaires au bon fonctionnement de cette juridiction d’exception. La précipitation conduit quelques fois au précipice.

Mettre à jour à la boussole de la justice :  

La boussole, cet instrument de navigation, a été l’un des mantras du colonel Doumbouya dès le 5 septembre. « La justice sera désormais la boussole » disait-il. Quelques mois plus tard, les Guinéens ont le sentiment que la boussole ne parvient plus à trouver le nord. Il est nécessaire de mettre à jour la boussole afin qu’elle trouve sans trop de difficulté la bonne direction et la bonne orientation.

Certains aspects et autres promesses méritent également une réorientation. C’est le cas par exemple de la réconciliation nationale (sur laquelle nous reviendrons en détail).

Pour l’heure, il est à espérer qu’un an après, la maturité a saisi enfin le CNRD et que les choix nécessaires à la bonne marche du pays vers une transition réussie seront faits.

London Camara

Directeur de publication

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