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Emmanuel Lamine Touré. L’Education : Ça peut être un débat !

Dans le cadre des débats thématiques, nous avons sollicité Monsieur Emmanuel Touré, pour faire une analyse pointue du système éducatif guinéen. Monsieur Touré vit en Suède depuis des nombreuses années. Il est enseignant certifié et responsable pédagogique. C’est ainsi un spécialiste et un passionné de l’éducation. Il est convaincu que c’est le facteur fondamental du tout processus de développement.

La Rédaction de Laguineeka.com, remercie Monsieur Touré pour cette analyse pertinente qui apporte des éléments et des clés d’appréciation du système éducatif de notre pays.

La Rédaction de Laguineeka.com, remercie Monsieur Touré pour cette analyse pertinente qui apporte des éléments et des clés d’appréciation du système éducatif de notre pays.

Bonne lecture.

L’Education : Ça peut être un débat !

Le développement d’une Nation passe nécessairement par son capital humain. C’est d’ailleurs pour cette raison que le célèbre penseur Américain Théodore Schult plaide pour l’investissement sur le capital lorsqu’il énonce que « Un dollar investi dans l’amélioration intellectuelle des êtres humains pouvait provoquer une plus grande augmentation du revenu national qu’un dollar placé dans une forme tangible de bien de production comme une voie ferrée ou des machines-outils ». Selon lui l’investissement dans la formation apporte plus de plus-value que celui consacré aux infrastructures. C’est dire combien l’éducation, sujet objet de cette analyse, demeure fondamentale dan le processus continu du développement économique et social d’un pays. Je remercie Laguineeeka.com, de mettre la lumière sur ce sujet et de me permettre de porter mon analyse, qui je l’espère, permettra d’éclairer nos compatriotes.

Donc, il faut investir dans le capital humain pour accroître les possibilités d’un développement harmonieux. Il faut le faire non seulement pour la collectivité mais aussi pour l’individu. C’est donc ce qui doit se faire par une volonté politique dans le seul but d’élever l’éducation au rang du premier budget de l’État puisque c’est la matrice des ministères de la souveraineté de nationale. Ensuite, engager un processus conscient d’éducation autour des valeurs communes de la République inscrites dans la Constitution.

La scolarisation des enfants doit être institutionnaliser pour arriver à accroître les chances, les possibilités et les opportunités de chaque individu de la Nation d’acquérir une certaine base en terme du savoir et de la connaissance. A la somme de ces connaissances et de ces savoirs, il faut ajouter impérativement les valeurs communes connues et ce, sur toutes l’étendue de la République.

Sinon, si nous maintenons l’état actuel de notre système éducatif, on n’aura pas assez d’atouts pour conduire le pays vers l’émergence et le développement à la fois qualitative et quantitative puisque tout le monde n’a pas encore accès à la chose la plus fondamentale c’est à dire, la démocratisation de la culture éducative, du savoir et de la connaissance.

Et pourtant, vers la fin des années 90, « Assurer l’école primaire pour tout » a occupé la deuxième place dans les priorités “des objectifs du millénaire pour le développement”.

Il faudra aussi toucher le mode de financement actuel qui a sa part dans la faillite palpable de notre système éducatif. Cette faillite entame la noble mission de la régulation de la structure sociale, mentale, politique et économique de notre société. L’une des principales missions régaliennes de l’Etat est de rendre le citoyen productif et compétitif dans un monde plus global que singulier. Le système éducatif doit en outre incarner les valeurs Républicaines, démocratiques et laïques.

L’analyse qui suit part d’une réflexion faite sur les “Données mondiales de l’éducation”. C’est un travail élaboré par l’UNESCO en 2010/2011 puis, je continue en jetant un regard sur le rapport de la commission nationale de réflexion sur le système éducatif, travaux effectués en 2017. Je rappelle que cette mission a été créée par un décret le 14 novembre 2016. Cette commission a fait un diagnostic du système et a également fait des propositions. Il sera très important faire également recours aux données du programme sectoriel de l’éducation de 2015-2017.

Je tiens à préciser que la présente analyse portera exclusivement sur l’enseignement pré-universitaire.

A la lecture de ces trois grands rapports référentiels et surtout celui fait par la commission nationale de réflexion sur l’éducation, l’on constate que, dans le texte introductif, parmi les 14 “mesures préconisées dans l’immédiat”, il manque la distinction du statut particulier de l’enseignement pré-universitaire. C’est dans ce statut que l’on doit définir l’enseignement au niveau du pré-universitaire puisque c’est cette partie qui a la responsabilité de donner les bases des connaissances et des savoirs durables. C’est à ce niveau qu’il faut circonscrire les minima qui, une fois acquis, jettent les bases et les fondements de l’enseignement pré-universitaire et universitaire. C’est également là que la maîtrise de la citoyenneté est acquise au détriment de l’ethnicité et l’initiation à comprendre que les lois sont protectrices dans leurs essences etc.…

 Il faut noter le sérieux travail de fond menés par les experts. On y trouve la description de quelques dysfonctionnements importants, des problèmes liés non seulement à l’éducation nationale mais et surtout à l’enseignement en général.

Il faut aussi rappeler qu’en Guinée, depuis les années 1990, les services spécialisés sur les questions de l’éducation et de l’enseignement ont fait des efforts dans la rédaction des documents. On note qu’il y a eu augmentation du taux brut de scolarisation qui est passé de 35% à plus de 50%. Ces documents sont presque essentiellement informatifs sans une réelle philosophie de la politique de l’enseignement et de l’éducation. Il manque un terme de référence national, en un mot, une identité nationale de l’enseignement et de l’éducation ce qui résulte une disparité entre les politiques régionales de l’éducation et par ricochet des résultats disproportionnés. A ce constat, s’ajoute le manque de moyens incitatifs ou des mesures d’accompagnements pour des enseignants qualifiés afin qu’ils soient opérationnels à l’intérieur du pays. Ce manque de qualité dans l’enseignement entraîne, en partie, l’exode rurale pour les enfants de ces quelques parents conscients des avantages d’une bonne éducation à long terme. Il y a d’autres conséquences souvent non mentionnées dans les documents. Il s’agit ici, ce creux que laisse ces regards néfastes sur l’environnement à la fois physique et psycho-social puisque des connaissances protectrices ne sont pas enseignées et des savoir de prévention ne sont pas non plus sur le menu des instructions.

En 1997, la loi d’orientation est promulguée et stipule que l’éducation nationale vise à « élever le niveau intellectuel de la population ; à former des hommes et des femmes libres, capables de créer les conditions de leur épanouissement à tous les niveaux, de contribuer au développement de la science, de la technique et de la technologie et d’apporter des solutions efficaces aux problèmes de développement national. Elle consiste à préparer les conditions d’un développement intégral assumé par la nation toute entière. Sa mission constante est de maintenir l’ensemble de la nation dans le courant du progrès contemporain »

En effet, depuis 1984, une belle initiative est prise. Pour la réalisation de cette noble ambition, il fallait absolument apporter des changements qualitatifs au niveau des approches que nous avons de la mission de l’éducation et de l’enseignement. Il fallait conceptualiser l’école et créer les profils types du personnel pédagogique et administratif pour la réalisation effective, efficace et efficiente de ces nobles intentions contenues dans cette nouvelle loi d’orientation. Il faudrait qu’on parte du concept que c’est le lieu privilégié pour le partage des richesses de notre Nation puisque tout le monde passe nécessairement par l’école.

Que dit l’objectif du millénaire pour le développement pré-2015 au sujet de l’éducation ? Qu’avait fait l’État guinéen pour atteindre cet objectif ?

En effet, l’objectif du millénaire prévoit “d’assurer l’éducation primaire pour tous”. Cependant il est regrettable de constater que l’objectif de scolarisation primaire universelle en 2015 n’a pas été atteint par la plupart des pays africains et pourtant la question de scolarisation est un enjeu majeur et fondamental.

Constatons deux données dans deux différentes périodes et par deux différentes sources.  D’une part, dans les données mondiales de l’éducation, 7e édition 2010/2011, “Le taux de transition entre collège et lycée a évolué en dents de scie : 46% en 2001, 43% en 2002, 55% en 2003 et 49% en 2004. Au niveau des filles, on note un accroissement de 39% en 2001 et 46% en 2004”

D’autre part, selon le programme sectoriel de l’éducation 2015-2017

“La transition primaire collège a diminué́ passant de 64,8% à 42,9% et celle du Collège – Lycée de 64,4% à 39,6% à cause de la rigueur imprimée aux examens nationaux.” Notons que ce regard n’est pas de bonne fois. La mauvaise qualité dans l’enseignement, le dysfonctionnement du système éducatif, les mouvements sociaux, politiques et la faiblesse de la part du budget injecter dans l’éducation de nos enfants sont les véritables causes endogènes et exogènes de cette régression de la qualité.

Qu’est ce qu’il faut faire et ce, maintenant ?

  • Il faut que l’État prenne immédiatement le monopole de l’enseignement pré-universitaire ;
  • Partager la responsabilité au niveau de l’enseignement supérieur ;
  • Créer des secrétariats généraux de l’enseignement ;
  • Définir une vision globale pour le système éducatif ;
  • Engager une réforme qualitative d’abord au niveau du mode de financement,
  • Augmenter le salaire des enseignants du pré-universitaire pour créer l’attractivité du métier et le rendre excellent.
  • Introduire le certificat supérieur de l’enseignant,
  • Introduire le rectorat pour impulser et conduire la politique de l’Etat dans les collectivités administratives

Je vous remercie

Emmanuel Touré

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