Actu Editorial

Grande Interview. MoSidi Fofana : Peut-on se passer du sexe ?

Nous recevons Docteur MoSidi, gynécologue et sexologue qui officie actuellement dans un grand centre médical à Lyon, en France. Dans cet entretien, le Docteur Fofana évoque l’éducation sexuelle et les pratiques sexuelles. Il prodigue également des précieux conseils pour vivre une sexualité épanouie. Enfin, notre invité a planché sur l’épineuse question : Peut-on se passer du sexe ? La réponse à cette question structure cette Interview.

La Rédaction de Laguinneka apporte du nouveau et de l’innovation dans le traitement et la diffusion de l’information. C’est en effet, l’une des toutes premières fois qu’un site internet guinéen donne la parole à un médecin pour parler éducation sexuelle et vie de couple. Notre volonté est de participer à la mutation et à la transformation de la façon de pensée de notre société afin de l’adapter aux évolutions qui rythment le monde.

Nous vous souhaitons bonne lecture

Laguineeka : Bonjour Docteur Fofana, vous êtes un médecin gynécologue, de la reproduction et de sexologie et vous évoquez souvent la sexualité sur les réseaux sociaux. Pourriez-vous, présenter votre parcours ?

MoSidi Fofana :

Je me nomme Mohamed Sidiki FOFANA, portant des surnoms différents tout au long de mon parcours selon le domaine, MSF en santé publique (mes initiales, homonymes de l’ONG MSF, mon ancien employeur), Dr MoSidi (contraction de mes prénoms), Sexy-Doctor, dans le domaine de la sexualité (le petit nom de Sexologue). Vos lecteurs trouveront ci-bas un condensé de mon parcours.

MD, MPH, spécialisé en Gynécologie médicale, Fertilité et Sexologie médicale

Praticien- chercheur, Service d’Andrologie, Sexologie et PMA à l’hôpital Femme-Mère -Enfant de LYON-BRON,

FORMATION

1) Clinique et Gynécologie

Doctorat en Médecine

Diplôme spécialisé de Gynécologie médicale

Master spécialisé en Médecine de la reproduction et PMA

Diplôme Inter-universitaire de Sexologie et Santé Sexuelle

2) Médecine tropicale et Santé publique

Certificat de Médecine tropicale et Santé Publique

Master spécialisé en Santé Publique Internationale

EXPERIENCES

1) Santé publique et Coopération en santé

Health manager et coordinateur de projets en coopération santé avec différences ONG (Action Contre la Faim, MSF, Médecins du Monde) dans différents pays africains dont la Guinée, le Burkina Faso, Sud Soudan et Darfour, Mali (Gao), etc…

2) Clinique en Gynécologie et Maternité

Ancien interne, Service Gynécologie et Maternité hôpital CBG de Kamsar, Guinée

Ancien Assistant, Service Gynécologie et Maternité charité Berlin, Allemagne

Praticien Attaché Associé, Service gynécologie de Sainte Foy-les- Lyon et de Fontainebleau, France

Praticien- chercheur, Service d’Andrologie, Sexologie et PMA à l’hôpital Femme- Mère -Enfant de LYON-BRON, France

Langues : Français. Russe courant, Espagnol courant, Allemand courant, Anglais courant

Laguineeka : Vous parlez de sexualité sans tabou avec un public cible plutôt Guinéen. La sexualité est un sujet pourtant tabou en Guinée. Vous n’avez pas eu d’appréhension sur le fait de heurter une société très conservatrice sur ce sujet ?

MoSidi Fofana :

Vous savez, dans ce monde interconnecté qui est le nôtre, les choses ne peuvent plus restées comme avant. Nous assistons à des changements drastiques dans tous les domaines y compris celui de la sexualité. Les médias sociaux et Internet se sont invités à nos tables. Ils rythment nos journées, captivant notre attention avec des contenus, vidéos et images de tout genre, disponibles H24 et accessibles à tous.

La sexualité est longtemps restée figée dans l’ordre des tabous, principalement dans nos pays africains. Ce qui engendre énormément de retombées néfastes pour nos populations, bien entendu les jeunes et les moins jeunes. Vous savez bien que tout sujet gardé tabou et qui reste dans l’ordre des non-dits ne peut causer que du tort et ne permet malheureusement pas d’y apporter de la lumière.

Je crois qu’il est évident et pressant de corriger le tir en palliant aux ratés de l’éducation traditionnelle jusqu’ici transmise. Il est opportun qu’on se défasse des idées reçues, de peur de heurter certaines sensibilités culturelles. Nous sommes fortunés d’avoir divers outils mis à nos dispositions, dont nous pouvons nous servir pour prévenir les dangers de la porno-culture et du manque criard du savoir sur la santé sexuelle et reproductive.

Laguineeka : Avez-vous eu des retours sur vos interventions et comment percevez-vous la réaction de la société guinéenne par rapport à la sexualité et au sexe en particulier ?
MoSidi Fofana :

En tant que spécialiste du domaine de la sexologie, je me suis lancé dans cette aventure afin d’aider à désacraliser le sexe, en discuter sans tomber dans la vulgarité et la dépravation.

CAFE@SEXO@DESPUDIQUES (CSDP) est un groupe fermé, dont on se sert pour atteindre nos objectifs par l’animation des rubriques d’information et d’éducation sexuelle. Je peux vous dire qu’en l’espace de 2 à 3 semaines, le groupe a séduit plus de 20 mille adhérents pour atteindre les 31 mille en un mois. Ce qui démontre que les jeunes et moins jeunes tous confondus ont vivement accueilli l’idée avec beaucoup d’engouement et d’excitation ! Beaucoup nous ont même incité à matérialiser le projet CSDP sur le terrain.

Cependant, vu qu’aucune création humaine ne fait l’unanimité, tout ceci ne se passe pas sans irrégularités et difficultés. Nous avons en effet et en toute sincérité reçu quelques indignations que je quantifierai à une proportion très insignifiante. Nous avons également pu relever quelques incompréhensions sur le motif et les objectifs de la page de la part de certains de nos abonnés plus jeunes, réfractaires aux restrictions et règles de la charte du groupe. Encore une fois, avec un travail acharné et en continu, beaucoup ont été ramenés à la raison quant à la conduite et les échanges acceptés sur la page.

Récemment une enquête d’opinion a été réalisée sur notre forum pour savoir s’il était opportun d’ouvrir la question sur le débat sexuel chez nous. Tous les participants sans exception ont répondu favorables au projet.

Je peux conclure que tout cet engouement autour de cette initiative dénote du fait qu’il est temps de briser le tabou ! 

Laguineeka : L’éducation sexuelle est quasi absente dans notre société. On ne parle pas de sexe surtout avec les jeunes. Quelles conséquences peut avoir ce silence sur ce sujet qui structure la personne humaine ?

MoSidi Fofana :

Les conséquences sont à la fois considérables et dramatiques. Nous pouvons citer la célébration des mariages précoces et souvent forcés avec des retombées peu salutaires, les grossesses non désirées suivies le plus souvent d’avortements aseptiques, les mutilations sexuelles féminines avec des séquelles chroniques voire invalidantes, les infections sexuellement transmissibles (IST), l’explosion de la prostitution, la dépravation et la perversion des jeunes sous l’influence d’internet et des réseaux sociaux, l’infidélité et le divorce grandissants sous le regard impuissant des partisans de l’éducation traditionnelle, dépassés par les évènements.

Laguineeka : Notre société s’est construite sur la chasteté absolue des jeunes filles jusqu’au mariage. Cependant les grossesses non désirées des jeunes filles sont très fréquentes dans le pays. Ce qui condamne davantage ces jeunes filles à une vie difficile, rejetées par la société. Ne faudrait-il pas réfléchir à des mutations dans le mode d’éducation ?

MoSidi Fofana :

Evidemment, ceci démontre à suffisance l’échec dans nombreux domaines de l’éducation traditionnelle dont l’objectif principal est la soumission de la femme dans tous les sens du terme. Nos sociétés très fermées à toute discussion ayant trait à la sexualité, ne laissent aucune possibilité à la jeune fille de s’outiller convenablement au moment qu’elle entre dans l’âge de la puberté. Nombreuses sont celles qui sont complètement effarées au moment de l’apparition des premières menstrues. Elle ne saura donc pas la conduite à adopter, les précautions à prendre et les risques qu’elle encoure en pratiquant un rapport sexuel non protégé.

A mon sens c’est principalement ce manque d’information et cette absence d’éducation qui conduisent le plus souvent à l’irréparable notamment : les grossesses non désirées, les interruptions volontaires des grossesses (IVG) criminels, les maladies sexuellement transmissibles (MST), la prostitution, la dépravation, etc…

Il est donc question ici de pallier à ces tares en s’y attaquant bec et ongle.

La lutte doit être menée sous trois formes :

1- Faire face à l’échec de l’éducation traditionnelle

2- L’alphabétisation des jeunes filles

3- La lutte contre l’excision qui à la base voulait empêcher ou modérer la sexualité chez la femme, et qui au final produit l’effet inverse : la jeune femme excisée est insatiable sexuellement du coup se déprave à la recherche du plaisir sexuel.

La seule solution demeure l’éducation….

Laguineeka : Nous allons maintenant évoquer la sexualité. Nous réduisons souvent la sexualité à la simple dimension pénétration /éjaculation. Qu’est-ce que c’est la sexualité en fait ? Eclairez nous ?

MoSidi Fofana :

Je vais vous évoquer la définition de la sexualité selon l’OMS : « la santé sexuelle est l’intégration des aspects somatiques, émotionnels, intellectuels et sociaux de l’être humain sexué de façon à parvenir à un enrichissement et un épanouissement de la personnalité de la communication et de l’amour. »

Pour mieux vous détailler cette définition universelle, on va se poser la question de savoir qu’est-ce qu’englobe la sexualité humaine ?

Il existe trois aspects de la sexualité, qui sont interconnectés :

Aspect biologique : cette vision est réductrice et ne prend pas en compte le schéma corporel en tant qu’unité. L’intégration du corps dans sa totalité au sein de la sexualité permet de comprendre que nous sommes des êtres sexués depuis notre naissance jusqu’au jour de notre mort. Cela implique qu’autant les enfants que les adultes ou personnes âgées, tous ont une sexualité. Lorsque nous nous focalisons uniquement sur l’aspect biologique, nous nous concentrons sur le sexe en soi. Cependant, il est possible d’élargir cet aspect biologique et lui donner un sens lorsqu’il interagit avec les deux autres facteurs. C’est notre corps qui apprend et nous pouvons accomplir cette tâche uniquement grâce à un schéma complet du corps. Se focaliser que sur certaines parties du corps pour n’indiquer que certaines fonctions en rejetant les autres nous éloigne de la vraie compréhension de la sexualité.

Aspect social : la sexualité se rapporte à nos désirs par le billet de l’intégration, des conduites apprises et de l’acquisition de diverses coutumes. C’est pour cela qu’il existe dans chaque culture des croyances sexuelles différentes selon les contextes historiques et qui déterminent notre façon de faire. Ces croyances régissent les normes, déterminant ce qui est adéquat ou non. Cela donne ensuite lieu à de nombreuses limitations, restrictions sur le plan sexuel pour rester dans ce que l’on considère de « normal ». En tant qu’être humain la plupart de nos peurs et de nos hésitations ont à avoir pour la plupart avec la nécessité de ne pas se sentir, isolé, rejeté ou étrange. Pour cela nous obéissons et transmettons les idées que nous avons autrefois reçues en les transformant en valeur et en règle de conduite.

Je terminerai ce deuxième volet par cette phrase « Dis-moi quelle est ta société et je te dirai quel est ta sexualité ». Nous sommes à l’image de la société dans laquelle nous avons grandi.

Aspect psychologique : cet aspect se caractérise par l’ensemble des pensées, des imaginations, des aptitudes et des tendances. L’aspect psychologique de la sexualité va bien plus loin encore, il s’agit de savoir comment nous nous sentons envers nous-mêmes qu’envers les autres toujours en tenant compte des émotions, les sentiments, le plaisir et la pensée, fruit de l’expérience, de la cognition et des connaissances : la cognition dans le développement de la personnalité. Nous acquérons dès notre naissance une connaissance individuelle de la sexualité. C’est pour cela il faut parler des sexualités au lieu de la sexualité. Nous ressentons les choses de manière différente et les émotions qui fulminent en nous sont également différentes même si la situation est la même. Chaque personne a une façon différente d’exprimer sa sexualité et son plaisir. Ce qui procure du plaisir à certaines personnes peut être désagréable selon d’autres. Traiter cet aspect suppose une connaissance profonde de ce que l’on ressent et de ce que l’on veut en se responsabilisant pour ensuite le partager ou non par le biais d’une relation.

Laguineeka : La prostitution et l’infidélité sont des phénomènes qui prennent des allures inquiétantes dans un pays encore conservateur comme la Guinée. Comment expliquez-vous ce paradoxe ? Et quelles préconisations proposez-vous face à la montée de ces phénomènes

MoSidi Fofana :

Ces deux phénomènes existent depuis que ce monde est monde, mais effectivement leur montée en flèche peut avoir des explications économiques, spécialement pour la prostitution qui est un très vieux métier, mais aussi éducationnelles.

Pour s’attaquer à l’aspect éducationnel, c’est ce que nous avons évoqué tout le long de cette interview. L’éducation sexuelle fait défaut dans nos sociétés. Une femme et un homme non éduqués sexuellement peuvent s’avérer dangereux pour eux-mêmes mais aussi pour la société.

Comme préconisation, je ne cesserai d’insister sur la nécessité de briser les tabous autour de ces phénomènes, d’en parler ouvertement, mais surtout de les prévenir en éduquant convenablement nos enfants et ceci très tôt.

Laguineeka : Plus spécifiquement comment expliquez-vous l’infidélité dans la société guinéenne. Nous parlons de l’infidélité des hommes et des femmes.

MoSidi Fofana :

Dans la société guinéenne, nous pouvons associer l’infidélité à diverses causes notamment :

La polygamie et l’entretien du mythe qui existe autour de l’homme : en général dans le schéma sociétal africain, l’infidélité de l’homme est souvent perçue de l’ordre du tout à fait acceptable : c’est le pourvoyeur des moyens de subsistance de la famille, le maitre suprême et donc tout lui est permis. Le fait de ne pas poser les règles de conduite à respecter dans notre couple dès le départ peut souvent amener à enfreindre aux principes de base du vivre en couple comme la fidélité.

Répéter le schéma familial : le chaos amène le chaos. Un enfant qui voit ou apprend des histoires d’infidélité dans son schéma familial est plus enclin à trouver ce phénomène normal et donc à le reproduire dans sa vie d’adulte.

Internet : l’avènement d’internet et la floraison des sites de rencontre et média sociaux facilitent l’accès au sexe. Le web est aujourd’hui le moyen le plus facile pour assouvir ses fantasmes. Sur la toile toutes les fantaisies sordides sont possibles.

Laguineeka : A votre avis quel est l’impact de la consommation de la pornographie sur le déséquilibre sexuel dans notre pays ?

MoSidi Fofana :

On attribue classiquement cinq conséquences néfastes à la pornographie :

Elle contribue à la diffusion de valeurs sexistes et superficielles concernant la sexualité.

Elle favorise l’émergence des abuseurs sexuels par la violence inhérente à la pornographique.

Elle a un impact délétère sur la construction psychologique des enfants qui y seraient confrontés.

Elle a un pouvoir addictif et, comme lieu d’éléments de comparaison, elle est souvent à la base de la problématique liée à la mésestime de l’image du corps et la dysmorphophobie : petit pénis, petits seins, épilation, volume de l’éjaculat…

Elle provoque des troubles d’éjaculation, en particulier l’éjaculation retardée face à une partenaire physique.

Laguineeka : Quand on parle de sexe on entend souvent la taille du pénis, la puissance masculine, la profondeur du vagin… Quels sont les éléments clés d’une pratique sexuelle réussie ?

MoSidi Fofana :

Une sexualité réussie est une sexualité où les membres du couple jouissent d’un épanouissement partagé dans tous les sens du terme.

Cependant, au vu des éléments de référence énumérés dans votre question, il est évident que vous voudriez parler de la sexualité dite normale, du moins sur le plan anatomique. Mais qu’est-ce qu’une sexualité normale ? En matière de sexualité, il faut bien comprendre que la normalité n’existe pas. Lors du rapport sexuel les deux partenaires doivent se sentir libres, s’abandonner à leur désir et aussi à l’autre. Il faut donc se méfier des normes que nous impose la société sans que nous en soyons toujours conscients : culte de la performance, nombre de rapports sexuels par semaine, pratiques sexuelles, obtention obligatoire et régulière de l’orgasme. La pornographie nous propose aussi une image fausse de la sexualité très « technique » et sans poésie ni sentiments, où les femmes sont souvent « chosifiées ». Les pratiques présentées – épilation, pénis de 22cm, positions, sexe orogénital ou anal, multipartenaires –n’ont rien d’obligatoire et ne sont surtout pas une norme à suivre pour une vie sexuelle heureuse. L’appétit de chacun est variable, non seulement d’un individu à l’autre, mais aussi pour un même individu selon les jours, les semaines ou les mois ! Il n’y a rien d’« anormal » à cela, tant que cela ne provoque pas de souffrance pour la personne ou son partenaire. En revanche, des conflits dans le couple, une mésentente conjugale, des difficultés sexuelles perçues ou réelles peuvent mettre la sexualité en péril ou la rendre source de conflit. Dans ce cas il ne faut pas hésiter à se faire aider et à consulter. Enfin, si la normalité en termes de sexualité n’existe pas, elle doit évidemment nécessiter le consentement du partenaire et ne pas être condamnée par la loi. La loi n’est pas morale mais elle condamne l’inceste, le viol, la pédophilie… du fait de l’absence de consentement conscient de celui ou celle qui en est victime et en souffrira souvent toute sa vie. 

Laguineeka : Nous souhaitons vous interroger sur la circoncision et la sexualité. Des recherches montrent une baisse de la sensualité du pénis des hommes circoncis, qui serait due au frottement permanent du gland contre les sous-vêtements. Cette baisse de sensibilité expliquerait la puissance sexuelle de ces hommes. Il faut avouer que cette question est apparue dans une discussion que nous avons eue avec des amis avec des positions diverses sur le sujet.

A votre avis quel est l’effet de la circoncision sur la sexualité, le plaisir sexuel et la puissance sexuelle et la durée de l’acte sexuel ?

MoSidi Fofana :

Tout ce que vous venez d’évoquer relève de la pure sphère des idées reçues. Le pénis circoncis ou non n’a pas de différence ressentie par la femme. Tout pénis en érection est décalotté donc le prépuce qui couvre le pénis est détendue laissant le gland découvert. Le rôle du prépuce est de couvrir le gland contre les frottements. De nos jours, aucune étude montrant la désensibilisation du pénis suite à l’ablation du prépuce n’a encore été validée. La circoncision pour motif culturel ou religieux ne modifie aucunement la sexualité de l’homme ni celle de la femme. En revanche, la circoncision médicale, en raison d’un prépuce trop étroit rendant l’érection douloureuse améliore évidemment la sexualité de l’homme et secondairement celle de sa partenaire.

Laguineeka : L’autre conséquence de la circoncision porte sur la masturbation, qui serait rendue difficile. Qu’en est-il Docteur ? (Vous allez faire des heureux avec ces deux questions !)

MoSidi Fofana :

Comme dit plus haut, la circoncision consiste à couper le prépuce du pénis, c’est à dire la peau qui couvre le gland. Cela représente une infime partie de l’ensemble de la peau de la verge en érection. Pendant la masturbation, la paume de la main est directement appliquée de manière appuyée à la peau du pénis. Par conséquent, il n’y a jamais de difficulté masturbatoire des circoncis par rapport aux non circoncis.

Laguineeka : Vous avez créé le groupe CAFE@SEXO@DESPUDIQUES (CSDP), où vous aborder des sujets liés à la vie sexuelle, la sexualité, la vie de couple… Vous y évoquez sans tabou toutes les questions : des positions à la masturbation… Parlez-nous de ce groupe, ses origines, sa vocation et son évolution.

MoSidi Fofana :

CSDP est une page Facebook fermée qui regroupe en son sein plus de 32 000 abonnés. Il a pour vocation de partager des informations et astuces sans tabou sur des sujets concernant notre sexualité, santé sexuelle et reproductive ainsi que nos relations et sentiments amoureux.

L’idée m’est venue suite au scandale provoqué par N’na Fanta Sosso, la charlatane Guinéenne qui donnait des concoctions supposées faire tomber des femmes enceinte. Cette histoire à dormir debout m’a fait réaliser la nécessité d’aller aux fronts pour combattre l’ignorance qui gangrène nos sociétés sur certains sujets. Le manque d’éducation et de connaissance est ce qui occasionne de telles absurdités. L’initiative est de s’attaquer à ces tares, de combattre ces pratiques néfastes pour la santé de la femme est devenue comme une évidence à mes yeux.

D’où la création du groupe CSDP qui reste le début d’une longue série d’initiatives à venir.

#CAFE@SEXO@DESPUDIQUES est donc l’occasion d’échanger ouvertement entre adultes de tous âges et de toutes orientations, de débattre des sujets qui concernent notre sexualité, santé sexuelle et reproductive, infertilité et nos sentiments amoureux. Il a lieu dans un espace virtuel non privatisé, dans une ambiance de tolérance et de bienveillance. Il s’agit de briser des tabous qui nous rongent dans notre sexualité, nous conduisent le plus souvent à la déception et à l’abîme, au divorce et à l’infidélité, la sexualité douloureuse en cas de mutilations sexuelles féminines. A cela s’ajoutent la prévention et la lutte contre les MGF, l’usage abusive de la pornographie, de la sextape et du charlatanisme dans le domaine sexo-reproductif.

Laguineeka : Si vous aviez un seul conseil à donner aux Guinéens pour leur bonheur sexuel, ce serait lequel ?

MoSidi Fofana :

Mon seul mot d’ordre reste la communication.

LA COMMUNICATION est le moteur de réussite de toute vie en couple. C’est la clef de toute relation sexuelle et amoureuse épanouie. Si certaines des activités vous incitent à élargir votre répertoire sexuel, il est à souhaiter que vous preniez le temps de déployer vos talents en matière de communication. Elle est en effet le cerveau et le levier de tout couple heureux. C’est une évidence : tous les jouets sexuels, tous les lubrifiants et tous les manuels du monde vous seront inutiles si vous ne pouvez pas, dans une relation, discuter de ce que vous comptez en faire. Vous pouvez étudier votre anatomie, apprendre mille et une positions et leurs différentes techniques, mais si vous êtes incapables de décrire comment et pourquoi cela vous fait du bien, vous risquez la déception et la frustration. La communication est une voie à double sens ; vos années d’expériences sexuelles et votre ouverture d’esprit ne vous seront d’aucune aide si vous ignorez tous des besoins de votre partenaire. Découvrir ses besoins, ses attentes et ses désirs, aussi bien qu’apprendre à partager les vôtres, vous apportera compréhension, volonté d’expérimentation, tranquillité d’esprit, et sera la clé d’une excellente intimité sexuelle.

Laguineeka : Nous arrivons au terme de cette interview. Nous interrogeons nos invitées pour finir sur des questions d’ouverture philosophique. Vous avez au choix :

  • Le sexe et la sexualité comme facteurs de régulation sociétal
  • Le mariage est-il source de bonheur ?
  • Peut-on se passer du sexe ?

MoSidi Fofana : « Peut-on se passer du sexe ? »

SEULES peuvent se passer du sexe les personnes qui n’ont jamais goûté au sexe, vierges ou puceaux dans le vrai sens des termes, les personnes malades ou celles souffrant de l’angoisse de performance (d’échec). Sinon, une fois que l’on a expérimenté un ou des rapports sexuels de manière satisfaisante, il en découle, au niveau du cerveau, une gratification sensorielle qui va être analysée et appréciée pour ensuite activer notre système de récompense qui nous procure plaisir et bien être et nous poussera, au gré de notre appétit, à renouveler cette expérience. A partir de ce moment- là il ne serait plus possible de se débarrasser d’une sensation de volupté aussi naturelle que plaisante. La dépendance à ce plaisir et ce lâcher prise, qu’il est difficile de reproduire dans d’autres conditions, induit un comportement hédoniste chez la personne qui chercherait à revivre l’expérience à tout bout de champ.

Ceci dit cela ne se passe pas dans l’ignorance totale, sans précaution aucune. C’est là que CSDP veut intervenir.

Je vous remercie.

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