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Guinée : 2019-2020 entre doute, incertitude et risque !

La Guinée, entame une phase « critique » à partir de 2019. Le pays demeure dans l’attente des plusieurs faits, notamment politiques, dont la gestion et le déroulé auront un impact significatif sur la vie sociale et économique. Le gouvernement du premier ministre Kassory Fofana, dont les résultats tardent à se faire évidents, affiche une volonté de mieux faire. Cependant la détresse sociale due à la vie chère dans le pays, appelle à un renouvellement des pratiques dans la conduite et la gestion des affaires publiques. Les acteurs politiques et syndicales affichent une ferme volonté de croiser le fer contre l’Etat pour défendre leurs droits. Voici une revue condensée des faits marquants et attendus entre 2019 à 2020.

Des échéances électorales « attendues »

Des échéances politiques « attendues » sont notamment en perspective dans cette période. Des élections législatives doivent avoir lieu pour le renouvellement de l’Assemblée Nationale dont le mandat des députés a pris fin. Le président de la république par un décret, pris après avis constitutionnel, a prolongé le mandat des députés de l’Assemblée sortante.

Par ailleurs, une élection présidentielle est attendue à la fin de l’année 2020. Le président Alpha Condé réélu en 2015 pour un deuxième mandat de cinq doit céder sa place, selon l’actuel constitution, à un nouveau président de la République. Cependant des voix se font de plus en plus entendre au sein de la majorité pour appeler à un troisième mandat pour Monsieur Alpha Condé, qui lui-même entretien le flou sur une telle éventualité. Si Monsieur Condé, prend la décision de se porter candidat pour un troisième mandat, il doit changer la constitution actuelle. Ce qui suppose l’organisation d’un referendum, dans la mesure où le rassemblement du peuple de Guinée Arc-en-ciel (RPG AEC), le parti présidentiel, ne dispose pas de la majorité qualifiée à l’Assemblée Nationale qui lui aurait permis de modifier la constitution avec l’économie d’un referendum.

A ces questions politiques il faut ajouter la crispation sociale due à l’appauvrissement sans cesse grandissant des populations, cumulé à une flambée du coût de la vie dans le pays.

Cette période risque d’être marquée par l’incertitude mais elle peut aussi entrainer une nouvelle espérance avec par exemple une alternation politique apaisée. Le pays qui est plongé depuis plusieurs années dans des tensions politiques et sociales avec des récurrentes manifestations de l’opposition et des grèves syndicales répétitives, entame en ce début de d’année 2019 une période charnière. Les perspectives politico-économique et social suscitent plutôt le doute actuellement avec la crainte d’une cristallisation des tensions.

Un referendum à risque !

La perspective de plus en plus manifeste d’un troisième mandat de Monsieur Alpha Condé suscite des doutes et surtout des inquiétudes. Le contexte électoral marqué par un fort tropisme ethnique ne semble pas rendre simple ni apaisée une telle initiative. La situation socio-économique, avec des populations de plus en plus pauvres, ne plaide pas non plus en faveur d’une telle perspective. Les tentations de la majorité ne semblent ainsi se fondées sur aucun levier. Les manifestations politiques de plus en plus fréquentes en Haute Guinée, bastion électorale du RPG AEC et du président Alpha Condé attestent de la frilosité, pour ne pas dire la non adhérence, des Guinéens à un referendum, qui permettrait à Monsieur Condé de briguer un troisième mandat.

Par ailleurs, les oppositions politiques à un troisième mandat pour le président Condé sont épaisses. L’union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), de l’ancien premier ministre Cellou Dalein Diallo a déjà exprimé son opposition. L’union des forces républicaines de l’ancien premier ministre Sidya Touré dit vouloir s’opposer également à une telle éventualité. Même son de cloche pour le parti de l’espoir pour développement national (PEDN) de l’ancien premier ministre Lansana Kouyaté. D’ailleurs ces deux derniers partis viennent d’officialiser la mise en place d’une coalition, dite de l’opposition démocratique avec des ambitions affichées pour 2020.

En outre le soutien et l’assise politique de la majorité se sont largement effrité ces dernières années. Le PEDN et l’UFR qui ont été des alliés, à des périodes différentes, du pouvoir ont coupé le cordon. Même l’ancien ministre Ousmane Kaba, élu député sous la bannière RPG AEC, et qui était le président de la commission des finances de l’assemblée nationale a pris ses distances.

C’est ainsi dans un contexte très peu favorable qu’aura un referendum si toute le président Condé décide de s’engager sur un troisième mandat. L’organisation d’un tel referendum comporte à la fois des risques politiques avec des violences et électorales. En effet, aucun marqueur n’affiche le vert en faveur d’un résultat favorable pour la majorité. La vive opposition qui se dressera contre le referendum et surtout contre un troisième mandat risque d’entrainer des fortes manifestations politiques avec des risques de violences.

On voit bien que le pays entame une phase critique avec des doutes et des incertitudes. Si referendum il y a, comment gérer l’après ? En cas de victoire comment enchainer sur une élection présidentielle suite à referendum qui aura sans doute laissé des traces de violences et d’opposition qui s’entremêlent et se cristallisent ? En cas de défaite que feront Monsieur Alpha Condé et la majorité ?

La Rédaction

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