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Guinée, quand les femmes deviennent des « cheffes de famille »

La situation socio-économique de la Guinée est difficile. La pauvreté reste à des niveaux très élevés et affecte une bonne partie de la population. Le chômage est à des niveaux inquiétants. Le niveau de vie de la population se dégrade en permanence. Le pouvoir d’achat est plombé et reste à des niveaux très bas. Les prix des denrées de première nécessité flambent sous l’effet d’une inflation galopante. Cette situation économique du pays a des impacts très négatifs sur les conditions de vie de la population et l’équilibre social des familles.

Des hommes en perdition

La situation des hommes (mâles) est de plus en plus fragile. Si dans le passé ils jouissaient d’une grande influence dans le foyer familial, aujourd’hui ils sont presque relégués au second plan. Cette situation s’explique par le fait qu’ils n’arrivent plus à assurer leur rôle de pourvoyeurs de providence dans la famille. Autres fois ce sont les hommes qui faisaient « bouillir la marmite » en apportant la dépense quotidienne. Aujourd’hui ce n’est plus souvent le cas. Dans des nombreuses familles, les hommes sont au chômage ou ont des revenus extrêmement faibles. Ce qui a un impact significatif sur les conditions de vie et le poids social du mâle dans la famille.

Cette situation est aggravée par la polygamie et une démographie familiale qui ne cesse d’accroître. En effet, avec des revenus très faibles voir absent, il est difficile pour un homme de pourvoir à la dépense quotidienne de l’ensemble de ses femmes et de ses enfants.

Le train-train quotidien des femmes

Pour faire face à l’absence de la figure paternelle, les femmes se sont vues contraintes de prendre en main les destinées de la famille. Ainsi elles sont nombreuses dans le pays à faire « bouillir la marmite ». Les femmes assurent la dépense et l’entretien quotidiens de la famille. Pour arriver à cette noble mission, les femmes ont investi les marchés. Elles se lèvent tôt le matin, pour aller vendre dans les marchés surtout à Conakry. Le bénéfice généré par les ventes du jour permet d’acheter de quoi mettre dans la marmite. Une fois le commerce matinal fini, les courses faites, elles rentrent à la maison pour préparer à manger, faire le ménage et s’occuper du train-train quotidien du foyer familial. Et ainsi va la vie pour des nombreuses femmes à Conakry.

Rupture de l’équilibre familial

Cette situation entraîne une rupture dans l’équilibre familial. Nous l’avons déjà dit, les hommes ont perdu de l’influence dans la gestion familiale. A partir du moment où les hommes n’arrivent plus à pourvoir aux besoins fondamentaux de leurs femmes et de leurs enfants, ils perdent le respect et la considération jadis acquis. Cette situation entraîne la perte de l’estime de soi.  Elle est aussi à l’origine de la destructuration de l’organisation et du déséquilibre du foyer familial. Elle conduit à une redistribution des rôles souvent mal vécue par les hommes.

Des enfants en déshérence 

L’autre conséquence de cette situation, se remarque sur l’éducation des enfants. La rupture de l’équilibre familial et l’absence d’une figure paternelle forte poussent beaucoup d’enfants à déserter l’école. Des nombreux enfants sont aujourd’hui en situation de déshérence dans les rues de Conakry. Les plus ambitieux se lancent dans l’apprentissage d’un métier (mécanique, couture, coiffure, maçonnerie…). Certains optent pour le petit commerce ou deviennent cireurs de chaussure. Ces activités lucratives permettent à certains enfants de gagner un peu d’argent afin de contribuer à faire vivre la famille.

Le prochain gouvernement qui sera formé par le président Alpha Condé doit prendre en compte cette situation de fragilité qui plombe l’existence des nombreuses familles dans le pays. Le chef de l’Etat semble avoir pris la mesure des enjeux sociaux. Il a récemment promis de sortir un million de femmes de la pauvreté. Reste à savoir, en tout cas il faut l’espérer, si cette promesse sera la principale préoccupation du prochain chef du gouvernement, afin d’être traduite en acte concret.

La Rédaction

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