Actu Editorial

La reculade du gouvernement, qui sauve la démocratie

Le gouvernement guinéen, par la voix du ministre de la justice, Monsieur Cheik Sakho vient d’annoncer que le procès des responsables de l’opposition n’a pas été annulé mais reporté pour cause d’un agenda judiciaire encombré. Cette communication de Monsieur Sakho fait suite à l’annonce hier de l’annulation de la citation à comparaitre des quelques responsables de l’opposition poursuivis pour l’attaque d’un commissariat dans la capitale Conakry. Les présumés responsables étaient appelés à comparaitre ce jeudi.

L’échange téléphonique change tout.

Seulement hier on apprenait que le président de la République, Monsieur Alpha Condé a eu un échange téléphonique avec le président de l’union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Monsieur Cellou Dalein Diallo. Lors de cet échange téléphonique le président Condé aurait assuré à Monsieur Diallo, que la convocation des responsables de l’opposition serait annulée. L’opposition qui avait appelé à une journée ville morte pour ce jeudi et demandé à ses militants de se déplacer en masse pour accompagner les convoqués au tribunal a fini par appeler au calme.

Effectivement la comparution de ce jeudi n’a pas eu lieu et l’opposition a tenu parole.

La menace sur l’indépendance de la justice

L’immiscion du chef de l’Etat dans une procédure judiciaire est une menace sérieuse sur l’indépendance de la justice du pays. Cette implication directe du président de la république (si elle se confirmait) dans les décisions judiciaire compromet dangereusement notre démocratie encore fragile. Le système démocratique est fondé sur le principe de séparation et de l’indépendance des pouvoir (exécutif, législatif et judiciaire).

L’Article 2 de la constitution de 2010 consacre le principe de séparation des pouvoir « Le principe de la séparation et de l’équilibre des Pouvoirs est consacré » et l’article 107 énonce « Le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif. La justice est rendue exclusivement par les Cours et Tribunaux ». Cet article est d’une teneur aussi dense que profonde quand il affirme que « La justice est rendue exclusivement par les Cours et Tribunaux ».

Toute intervention extérieure dans les procedures judiciaires est une violation explicite et manifeste de la constitution.

Ancien membre du conseil de l’ordre de Montpellier

Le ministre de la justice Monsieur Cheik Sakho, qui a été, dans une autre vie, pas très éloignée du droit, membre du conseil de l’ordre du barreau de Montpellier a vite compris la nécessité d’éteindre le feu. C’est pour cette raison qu’il vient de se fendre d’une communication dans laquelle il dément formellement l’annulation du procès des responsables de l’opposition. Cette reculade du gouvernement qui a permis l’annulation de la journée ville morte interroge. L’implication du président de la République n’était-elle pas en réalité une stratégie concertée afin de clamer les ardeurs de l’opposition. Le président Alpha Condé, ne peut ignorer en effet, que son intervention est une violation de la constitution. Il est difficile de penser qu’il se permettrait à s’exposer à un tel risque.

La Rédaction

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