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COVID-19 GUINEE : L’opposition « confinée » dans l’impuissance

L’épidémie du SARS-CoV-2 (Coronavirus) poursuit son expansion. Le virus n’épargne aucun continent ni aucun pays avec des lourdes conséquences. La Guinée enregistre au 2 mai un total cumulé de1586 cas positifs et sept décès, d’après les dernières données de l’ANSS, l’agence gouvernementale en charge de la sécurité sanitaire. Il faut mentionner que l’ancien président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), Salif Kébé fait partie des sept victimes.

En Guinée comme dans la plupart des pays Africains, la propagation de l’épidémie reste faible mais demeure progressive. L’enjeu reste la circonscription et la délimitation de la chaine de transmission et de contamination. C’est dans ce cadre que des mesures restrictives des mouvements de populations furent prises dès l’apparition des premiers cas courant mars par les autorités. Les conséquences de ces mesures ont un retentissement à la fois social, économique et politique.  

Restriction des mouvements de masse

Le gouvernement Guinéen a pris dès l’apparition des premiers cas des mesures de santé publique afin de limiter la transmission du virus et les contaminations. Les attroupements ont été interdits. Ainsi les prières collectives, les cérémonies sociales (mariage, politique…) ont été interdites ainsi que les manifestations politiques. Les répercussions politiques de ces mesures, certes pas calculées par le gouvernement, sont profondes et conséquentes. Les tensions politiques très explosives liées à l’organisation du double scrutin législatif et référendaire du 22 mars sont passées pour l’heure à la marge. Le CODIV-19 est devenu ainsi l’allié de circonstance du gouvernement et le premier opposant à « l’opposition extraparlementaire ».  

Normalisation de la vie politique

L’opposition extraparlementaire qui n’a pas réussi à empêcher totalement le déroulement du double scrutin du 22 mars se retrouve dans une situation complexe. Elle est privée, des manifestations et des marches politiques, ses principaux moyens d’action. Au contrario, le gouvernement s’est ouvert un immense boulevard. Il a réussi a installé tranquillement et avec une facilité déconcertante la nouvelle Assemblée Nationale et faire élire à sa présidence le très contesté, Amadou Damaro CAMARA.

Après avoir « échoué » à empêcher le déroulement du double scrutin du 22 mars, l’opposition extraparlementaire était pour autant décidée à faire échouer l’installation de la nouvelle Assemblée. Elle comptait s’y prendre par l’organisation quasi quotidienne des grandes manifestations politiques dans tout le pays. Ces moyens d’action, même non interdites, seraient inadaptées au contexte présent, dans un pays où la population est partagée entre la quête de la survie quotidienne et l’inquiétude sanitaire due au Coronavirus.  

D’ailleurs, cette stratégie doit interroger les responsables de l’opposition sur les moyens d’action et de pression à déployer face au gouvernement. Prise au dépourvu par une crise épidémique mondiale d’une rare violence et d’une rare intensité, l’opposition se retrouve « confinée » à l’observation et dans l’impuissance. Elle se contente de subir les évènements. Elle a notamment subi le dernier affront de la majorité avec l’installation de la nouvelle Assemblée sans qu’elle ne puisse sourciller ni lever le petit doigt.

Les manifestations politiques ont été l’arme essentielle utilisée depuis 2011 face au gouvernement avec un résultat « politique » très mitigé. Il est évident que cette voie doit être repensée. Elle a sans doute atteint les limites raisonnables et rationnelles. Il incombe aux responsables de l’opposition, désormais extra parlementaire, de se réinventer et d’imaginer des nouveaux moyens d’action.  

Le gouvernement a réussi, dans le consensus général dû au COVID-19, a réinstauré un climat politique quasi « normal » avec l’installation de la nouvelle Assemblée Nationale. Le pays s’est ainsi doté de toutes les institutions « démocratiques » nécessaires à la vie politique « ordinaire », même si la légitimité de la nouvelle Assemblée, issue d’une élection boycottée par tous les grands partis de l’opposition, est sujette à caution. D’ailleurs on peut observer que, Mamadou Sylla, le nouveau chef de fil de l’opposition ne dispose que de très peu d’élus.  Son parti l’UDD ne compte que quatre députés à l’Assemblée Nationale, suffisant pour porter son président à la tête de « l’opposition parlementaire » en l’absence des ténors de l’opposition extraparlementaire. Cette Assemblée est une institution fragile qui aura du mal à prospérer dans le futur contexte politique, qui sera à n’en pas douter très tendu.

La nouvelle page politique qui s’ouvrira post CODIV-19 sera très probablement difficile avec des risques significatifs d’instabilité si aucun consensus n’est trouvé entre le gouvernement, la majorité et « l’opposition extraparlementaire ». Il est à craindre un lendemain critique. Pour ne pas dire chaotique.

London CAMARA

Directeur de Publication.

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