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L’UFDG et le cas Kaporo-Rail, attention au piège !

L’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), ne ménage pas ses efforts dans le soutien aux victimes des déguerpissements (pardon ! dégagement) de la zone de Kaporo Rail dans la commune de Ratoma. Depuis quelques semaines les populations de ce quartier subissent des destructions, quasi sauvages de leurs domiciles sans aucune solution de relogement. Le gouvernement dit vouloir récupérer cette zone réservée, sur laquelle des constructions sauvages ont proliféré sous la complicité des agents de l’Etat, qui eux dorment tranquillement et paisiblement dans leurs somptueuses villas.

Malgré la détresse sociale et la misère des populations qui ont tout perdu dans ce dégagement sauvage, l’Etat affiche sa détermination et sa fermeté. Les réactions d’indignation font lésion mais n’effleurent pas la sensibilité du gouvernement. Un élan de solidarité exceptionnel s’est mis en route pour aider les victime, propagé par des activistes sur les réseaux sociaux. Et même certains politiques se sentent obligés et même contraints de faire preuve de bon cœur. L’UFDG de l’ancien premier ministre Cellou Dalein Diallo s’est montrée particulièrement compatissante face aux malheurs des victimes.

Contribution et cotisation

Le président de l’UFDG a mis les mains à la poche en apportant une contribution personnelle de dix millions de Franc Guinéen (FG). Les députés du parti libéral ne sont pas en reste. Une contribution exceptionnelle et individuelle à hauteur d’un million de FG a été demandée à chaque député du parti. Par ailleurs l’UFDG a lancé un appel aux dons en direction de ses militants à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Selon Alpha Boubacar Bah, l’un des responsables du parti, la contribution en soutien aux victimes de Kaporo a été rendue obligatoire « La direction nationale a décidé que c’est une obligation pour tous les responsables de l’UFDG de contribuer pour les victimes de Kaporo Rails ».

La mobilisation est ainsi totale au sein du parti au Baobab pour venir en aide aux délogés de Kaporo. Cette mobilisation est certes humainement appréciable mais politiquement très risquée.

Le piège :

Il est logique de s’interroger sur l’activisme de l’UFDG dans ce qui convient d’appeler l’affaire Kaporo Rail. Cette agitation serait-elle liée au fait que la majorité des habitants de la zone dégagée est membre de l’UFDG. Le parti aurait-il agit avec la même hargne si le déguerpissement avait lieu à Bonfi, Boulbinet ou Matam… ? En janvier 2016 les quartiers de Coronthie et Tombo dans la commune de Kaloum ont connu la foudre du gouvernement. Plusieurs maisons furent détruites par les bulldozers de l’Etat et des pauvres populations laissées pour compte sans aucun moyen de relogement. Des familles entières dormaient à la belle Etoile à coté du restant de leurs affaires. De mémoire aucune contribution des politiques encore moins celle de l’UFDG n’a été enregistrée pour soutenir ces autres victimes. Les deux cas sont quasi identiques et les besoins sont les mêmes.

Cette campagne et cette agitation de l’UFDG et de ses responsables sentent fort la récupération politique, qui elle-même ne joue pas en leur faveur. Ce n’est pas un secret que la plupart des victimes actuelles de Kaporo sont des peulhs, qui (c’est un secret de polichinelle) sont majoritairement des militants de l’UFDG. L’électorat du parti (d’ailleurs comme tous les partis du pays) a un fort tropisme ethnique avec essentiellement une composante peulhe. En outre l’UFDG est régulièrement accusé et à tort (puisse que, tous les partis sont dans la même situation) d’être un parti ethnique.

Cette présence massive dans le soutien aux victimes de Kaporo risque de consolider cette accusation. L’autre risque est à prévoir dans le temps. Le parti se verra dans l’obligation d’agir avec la même énergie lorsqu’un déguerpissement aura lieu dans n’importe quel quartier ou ville du pays, au risque d’être accusé d’action sélective et partisane.

La Rédaction

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