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Opposition : Des manifestations légitimes et des interrogations !

L’opposition Guinéenne dite « Républicaine » projette une série de manifestations de rue dans les semaines à venir. Ces manifestations s’inscrivent dans le cadre des protestations contre les résultats des dernières élections municipales. L’opposition dénonce des fraudes massives qui auraient entaché la crédibilité et la sincérité du scrutin.

La Guinée a connu des nombreuses manifestations depuis l’arrivée au pouvoir du président Alpha Condé en décembre 2010. Le manque de cadre de concertation et de dialogue crédible entre majorité et opposition a fait de la rue le seul terrain d’expression de cette dernière. La rue est devenue le théâtre permanent de confrontation. Cette situation au-delà des conséquences économiques néfastes et des nombreuses pertes en vies humaines qu’elle entraine dénie l’idée que la démocratie se vit par la bataille des idées. Elle nourrit ce sentiment qu’au fond seul le rapport de force, parfois violent, soit la solution aux problèmes politiques.

Il est vrai que la libre expression des acteurs politiques, responsables et militants, constitue un baromètre de vitalité démocratique d’un pays. Il est ainsi indispensable que ce droit fondamental puisse prospérer en toute circonstance. Il est du devoir des pouvoirs publics de protéger ce droit par les moyens de l’Etat. L’idée de plus en plus entendue dans le pays selon laquelle manifester c’est envoyer les jeunes à l’abattoir est cynique. En démocratie, la rue n’est pas une boucherie et les forces de l’ordre, investis au nom du peuple, de la puissance publique ne sont pas des bouchers. De même l’argument selon lequel les manifestations sont responsables de la paralysie économique du pays, n’est pas recevable. Il revient à l’Etat de créer les conditions de prospérité et de stabilité économique qui soientt à même d’attirer investisseurs et capitaux nationaux et étrangers.

Ceci étant dit, il est légitime de s’interroger sur la finalité des manifestations politiques dans le pays. Comme indiqué plus haut, l’opposition occupe les rues depuis 2010. Nous sommes en droit de nous interroger sur les résultats et le bilan comptable de ces manifestations sur un plan politique. Ont-elles permis à l’opposition d’atteindre le but visé ? Difficile de répondre par l’affirmative puisque d’autres manifestations sont en perspective et certaines en cours de préparation. La rue serait-elle la seule stratégie politique de l’opposition ? Cette question est pertinente dans la mesure où depuis 2010 la rue est le seul moyen d’action utilisé par l’opposition. Il y a certes eu des dialogues qui ont abouti à certaines avancées matérialisées dans des accords politiques. Mais même ces dialogues sont le résultat des certaines manifestations de rue.

Sept ans de manifestation avec son cortège de malheurs pour un bilan très mitigé, doit pousser l’opposition à réfléchir à d’autres stratégies et à d’autres moyens d’action. Le sérieux et la crédibilité d’une opposition politique se mesure par sa capacité à se réinventer et à régénérer ses moyens d’action. L’action politique qui doit produire des résultats ne doit pas résider essentiellement dans les seules manifestations de rue.

Manifester oui ! Mais pour quel résultat ? C’est la question à la quelle les acteurs politiques et l’opposition Républicaine en particulier doit pouvoir répondre avant d’engager le peuple dans une nouvelle vague de protestations avec très probablement  des risques de violence.

La Rédaction.

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