Société et Economie

Tradition et sexualité : Repenser l’éducation de la jeune fille

L’éducation au sens traditionnel de notre société suscite des interrogations. Sans remettre en cause les fondamentaux de ce système, il nous a semblé utile de procéder à un diagnostic « critique » de la problématique de l’éducation que la société guinéenne accorde à la jeune fille. Nous allons dans cette analyse examiner le rationnel et le fondement « philosophique » du système d’éducation de la jeune fille. L’examen se poursuivra par l’état des lieux et nous terminerons par une perspective d’ouverture.

Traditionnellement, l’éducation de manière générale et celle de la jeune fille en particulier s’est fondée sur la soumission. Il faut entendre ici par soumission, le respect d’un certain nombre de valeurs normatives et sociétales. Dans ce contexte, la jeune fille a longtemps été exclue de l’éducation scolaire et de l’intégration dans le monde du travail. Eléments perçus dans la société comme facteurs d’émancipation qui poussent à l’autonomie. Laquelle autonomie pousserait par exemple une femme à ne pas se « soumettre à son mari » ou à ne pas « respecter ou se soumettre la famille ». La conséquence directe de ce système d’éducation est l’érection du mariage précoce en règle sociétale immuable. Le conformisme sociétal a dessiné un parcours traditionnellement inéluctable : mariage et mère au foyer. Le tout dans la précocité. Un autre rationnel explique ce mode d’éducation. Il s’agit de la question relative au sexe et à la sexualité. Tout a été fait pour préserver la jeune fille de la perversité sexuelle, ce qui est à l’évidence une vision noble.

Ce système d’éducation qui perdure depuis l’aube du temps et qui s’est enraciné dans notre société, a-t-il permis l’épanouissement de la fille ? La réponse à cette question ne doit pas être dogmatique ni binaire. Elle nécessite une lucidité d’analyse qui tient compte de plusieurs variables. L’analyse que nous ferons ici, qui va sembler pour certains comme un parti pris, s’attachera plutôt à mettre en exergue les conséquences « néfastes » du système.

En effet, le constat plutôt partagé est que l’éducation traditionnelle de la jeune fille a failli dans ces plus grands objectifs. Sur la sexualité, elle n’a pas permis de préserver la virginité jusqu’au mariage ni d’empêcher les grossesses non désirées. Elle les a au contraire amplifié. L’ignorance du processus de développement sexuel fait que plusieurs filles (surtout dans les villages) ignorent la signification de l’apparition de la puberté, qui se manifeste « concrètement » par les premières règles. Ainsi les filles découvrent « en toute discrétion » en cachette la sexualité au moment où elles sont physiologiquement capables de donner la vie. Pour être plus explicite, les jeunes filles découvrent la sexualité au moment où elles sont capables de tomber enceinte. L’ignorance de la protection par la contraception (quasiment absente dans les villages) lors des rapports sexuels contribue à l’explosion des grossesses non désirées. Il faut y ajouter les malades sexuellement transmissibles.

Le manque d’éducation sexuelle combiné à la pauvreté dans le pays pousse plusieurs jeunes filles à la prostitution. L’infidélité que l’on observe dans le pays est aussi l’une des conséquences de ce mode d’éducation. L’excision qui est un élément de cette éducation ne contribue-t-elle pas à créer insatiabilité sexuelle des jeunes femmes ? La question se pose puisqu’en l’occurrence l’objectif de cette pratique est de supprimer le désir sexuel chez la jeune fille afin de garder la virginité jusqu’au mariage. On peut logiquement penser que la jeune femme qui est restée vierge jusqu’au mariage (oui ça arrive encore) et qui découvre la sexualité lors de la nuit nuptiale va avoir du mal au fil du temps à trouver le désir et la satisfaction sexuelles avec son mari. Ce phénomène est amplifié par la polygamie qui fait que l’homme qui a plusieurs femmes ne peut pas satisfaire au quotidien les besoins sexuels de toutes ses épouses.

La polygamie et la dépendance de la femme vis-à-vis d’un homme (son mari) résultent également de cette éducation. Une femme au foyer sans qualification ni travail est obligée pour sa survie à se soumettre à l’homme pourvoyeur de la providence. Les violences contre les femmes de la part des hommes sont également les pendants néfastes de cette éducation. Un homme peut frapper sa femme aujourd’hui sans conséquence. Au contraire si la pauvre et malheureuse battue a l’audace et l’outrecuidance de se plaindre, elle met toute sa famille en situation d’indignité par non respect et soumission à son mari.

Sans être exhaustif il apparaît que notre système d’éducation n’a créé que de la fragilité pour les femmes. Alors comment sortir de cette situation ? Difficile d’apporter une solution parfaite et idoine. Mais nous pensons que l’école et l’éducation permettent de donner une force d’émancipation aux jeunes filles. Cette émancipation ne doit pas être perçue par la société comme facteur de débauche et de désobéissance. Il est clairement établi que les femmes qui ont une bonne éducation, un diplôme et un travail sont plus sérieuses, plus fidèles et plus heureuses. Elles sont plus en sécurité vis-à-vis de leurs maris qui savent que ce n’est pas leur richesse qui permet de maintenir leurs femmes au foyer, qui par ailleurs ont le même niveau de revenu que leurs tendres  et chers époux. Mais c’est l’amour réciproque dans le couple fondée sur le désir épanouie dans la vie courante et sexuelle qui justifie l’attachement de l’un vers l’autre.

L’autre solution réside dans l’éducation sexuelle. Il ne faut pas faire la politique de l’Autriche, la débauche sexuelle s’est répandue dans notre pays et ce jusqu’au village le plus reculé. Nous avons déjà évoqué les grossesses non désirées et la prostitution. Il faut dès le plus jeune âge parler de la sexualité pour mieux l’expliquer.

On peut aussi se poser la question sur la nécessité de l’excision. Remplit-elle son rôle de tampon entre les filles et la sexualité? La réponse, semble-t-il, est non vu le nombre de grossesses non désirées dans la société.

L’Etat et la société doivent réfléchir ensemble à la redéfinition d’un système d’éducation qui tient compte de nos traditions et valeurs et de la nécessité d’émancipation de la jeune fille. Le monde change. La Guinée d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui et ne sera pas celle de demain. La société ne doit et ne peut être figée dans un monde en perpétuelle mutation. L’adaptation des valeurs et des normes doit accompagner les transformations de la société.

La Rédaction.

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