Politique

UFR, la nécessaire clarification !

L’Union des Républicaine (UFR), la troisième force politique du pays se trouve être dans une période d’incertitude. Le parti dirigé par l’ancien premier ministre Sidya Touré a du mal à être audible sur l’échiquier politique guinéen. Les récentes bisbilles qui ont opposé Monsieur Touré et le ministre d’Etat en charge de l’investissement et du partenariat public-privé, Monsieur Kassory Fofana, attestent de la délicate position de l’UFR. Pour rappel, Monsieur Touré avait vivement interpellé le chef de l’Etat, en lui demandant de « faire le ménage ». Monsieur Touré s’était également attaqué aux docteurs Mougnetii (Docteurs Voleurs) qui entourent le président de la République Monsieur Alpha Condé. En réaction à cette sortie, Monsieur Kassory Fofana (Don Kass) s’était moqué du « un pied dedans et un pied dehors » de l’UFR et de Sidya Touré. Un autre poids lourd du gouvernement Tibou Kamara, ministre conseiller spécial du chef de l’Etat était allé dans le même sens que Monsieur Fofana.

Membre de la majorité et du gouvernement :

L’UFR est un parti allié de la majorité et est membre du gouvernement depuis la fin de l’élection présidentielle du 2015. Le parti compte un membre « éminent » au gouvernement. Il s’agit en l’occurrence de Monsieur Mohamed Tall, ministre en charge de l’élevage. Monsieur Tall était jusqu’à son entrée au gouvernement, le directeur de cabinet de Monsieur Touré.

Par Ailleurs, Monsieur Touré lui-même assume les responsabilités de Haut responsabilité du Chef de l’Etat. En outre, Baïdy Aribot, le secrétaire exécutif de l’UFR, c’est-à-dire l’animateur principal du parti, a récemment été promu deuxième vice-gouverneur de la banque centrale.

L’UFR est ainsi profondément ancrée dans la gestion des affaires publiques de la nation de par sa présence au gouvernement ou dans des structures administratives de haut rang.

Parti d’opposition :

Le président du parti, Monsieur Sidya Touré se plait à rappeler que l’UFR est un parti d’opposition. Il ne manque d’affirmer, à juste raison d’ailleurs, que l’UFR n’est pas un parti vassal. Monsieur Touré revendique une position d’opposant, même s’il dit ne pas partager la vision de l’opposition Républicaine, dont la principale composante est l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) de l’ancien premier ministre Cellou Dalein Diallo.

C’est donc une sorte d’autonomie vis-à-vis de la majorité et de l’opposition que souhaitent incarner l’UFR et Monsieur Touré.

Un « ninisme » qui brouille le message :

Cette double appartenance, semble pour autant brouiller le message de la troisième force politique du pays. Il est en effet, difficile pour les militants et plus largement pour les Guinéens de concevoir cette double appartenance. Le discours est flou et comme dirait Madame Aubry « quand c’est flou c’est qu’il y a un loup ».

Il est difficile de concevoir qu’un parti revendique tantôt son appartenance à la majorité tantôt sa position d’opposant. Ce message renvoie l’idée que « nous sommes de la majorité quand ça nous arrange et de l’opposition quand ça nous arrange ». C’est en fait la lecture qu’il possible de faire du récent retour de l’UFR au sein du comité de suivi, qu’il avait quitté avec fracas pour des divergences profondes. Dès lors que le chef de l’Etat a mandaté le dit comité pour examiner les solutions à même de répondre aux revendications de l’opposition, l’UFR a fait part de sa volonté de réintégrer le comité. Dans le même sens mais dans un registre diffèrent, l’UFR fait sienne dans les mêmes tonalités que l’UFDG par exemple, la contestation des résultats de la dernière élection municipale. Dans une autre sonorité le parti et son président disent vouloir accompagner la réussite du gouvernement et du président Alpha Condé avec une attitude constructive.

La nécessaire clarification :

La clarification semble nécessaire. Monsieur Touré a toutes les raisons de revendiquer l’autonomie et l’indépendance de son parti. Seulement, le message politique doit s’inscrire dans la cohérence. Pour sa lisibilité, le message politique doit s’incarner dans une précision qui ne souffre d’aucune ambiguïté. L’UFR n’est certes pas un parti vassal et Monsieur Touré a raison de le revendiquer, mais à force de nager dans le flou le parti risque d’être perçu comme un loup. Et ce n’est guère reluisant.

La clarification est d’autant nécessaire que la prochaine élection présidentielle arrive à grand pas. Pour séduire et mobiliser l’électorat le parti doit avoir une position cohérente et constate.

L’UFR sera comptable du bilan de la majorité à la fin du mandat. En 2020, il va devoir expliquer l’action de ses ministres et le rôle du Haut Représentant du chef de l’Etat. Les Guinéens demanderont des comptes et le parti aura à répondre de son action dans la gestion des affaires publiques.

Un congrès et des reformes en perspective

Monsieur Sidya Touré a annoncé que des réformes profondes et structurantes sont en préparation. Il a fait cette annonce suite à des contestation d’une frange des militants qui a mal digéré les résultats du parti lors de la dernière élection municipale. Des jeunes du parti avaient appelé à des manifestations pour réclamer, comme l’opposition Républicaine, le rééquilibrage des résultats. Pour contenir la contestation, Monsieur Touré avait annoncé qu’un congrès extraordinaire aura lieu afin de restructurer le parti.

Ce congrès, il faut l’espérer, sera l’occasion de clarifier la position du parti et de préciser ses orientations.

L’UFR demeure l’un des trois plus grands partis du pays. Monsieur Sidya Touré sera, à n’en pas douter, l’un des hommes forts de la prochaine élection présidentielle. Pour conforter sa position et conquérir des nouveaux militants le parti ne pourra faire l’économie d’un aggiornamento profond et d’une clarification évidente.

La Rédaction

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