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5 septembre : Avons-nous eu tort d’applaudir ?

Le 5 septembre de 2021, une scène surréaliste se produisit dans les rues de Conakry, particulièrement sur le tronçon Camayenne-Bambeto (autrement surnommé « l’Axe »). En effet, ce jour-là, dans la torpeur quotidienne et la nonchalance ambiante du désespoir qui saisit les Conakrykas, survint soudain un baisé tout droit venu du monde céleste divin : des jeunes femmes voilées embrassent langoureusement et ostensiblement sur un tanker les soldats des forces spéciales. Cette scène dépourvue de toute pensée érotico-sexuelle est la preuve que le désespoir endémique peut s’incarner dans les méandres sombres d’un horizon lointain et incertain. Quoi que, l’horizon est toujours lointain.

Ce baisé entre la « fée » et le « diable » exprimait la joie du peuple Guinéen éreinté par la misère ambiante, de voir s’éteindre progressivement mais irréversiblement l’ultime souffle du régime (dans sa version 3e mandat) du président Alpha Condé.

Vous l’aurez compris, ce jour naquit le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), pendant politique des forces spéciales, jadis joyau vanté à qui veut l’entendre par le Président Alpha Condé, qu’elles venaient de renverser.

La prise du pouvoir par le CNRD, avec à sa tête le colonel Doumboya, suscita un souffle d’espoir qui saisi quasiment toutes les couches, politiques, économiques et sociales du pays. Les premiers discours des nouveaux maîtres du pays furent rassurants, presque convaincants, et ne pouvaient laisser indifférent un peuple sans espoir et tenaillé par une sombre et terrifiante misère. Tout le monde s’est laissé convaincre que désormais pour coucher avec la Guinée, il faudra lui faire des sensuelles et langoureuses préliminaires dans une démonstration d’amour, de sentiments et de tendresses sincères et désintéressée. Le tout dans un cadre orné et paré de pétales, de roses et parfumé de délicates et sensuelles odeurs qui se diffusent dans les quatre coins du pays.

Seulement, l’amour a de ceci de fâcheux, il n’est que très rarement constant et stable car il est fragile diraient les plus romantiques. Il faut donc l’entretenir dans le temps et l’espace mais également et surtout dans les faits. La fade boggossitude ni même l’arrogante opulence d’un ange ne sauront retenir une fée en quête de sens et de bien-être. Il faut des gestes concrets, parfois simples, mais palpables pour séduire et maintenir dans le temps fuyant et l’espace infini, une fée a la recherche permanente de la pureté du parfait et du sublime.

Un an après la prise du pouvoir par le CNRD, l’heure du bilan sonne à vifs décibels. Ce bilan est celui du pays et des Guinéens, pas dans sa réalisation ni dans sa conception mais dans les faits et le quotidien. Ce sont en effet, le pays et le peuple qui en vivent concrètement les fruits (amers, acides, aigres, doux, mielleux, fade…). Chacun avec sa posture trouvera le qualificatif à son goût.

Concrètement dans le pays, les faits tendent à mettre en évidences la persistance de la situation ancienne et le ralentissement, voire la stagnante de l’avancée des promesses tenues au lendemain de la prise de pouvoir. Cependant, l’objectivité pousse en mettre en perspective la complexité de l’héritage du passé. Il est difficile de redresser, sans le détruire un tronc d’arbre, enfoui sous terre depuis soixante ans. Il est aussi vrai qu’une réelle volonté incarnée par une vision éclairée aurait permis des avancées notables. Le sentiment dominant aujourd’hui est mitigé mais les Guinéens veulent croire que la marche vers le progrès économique et sociale équitables peut toujours être enclenchée. Cette marche vers l’horizon éclairé même lointain nécessite que la refondation soit refondée, la rectification soit rectifiée. Enfin, la réconciliation, pierre angulaire et indispensable à la stabilité du pays doit se réconcilier avec la sincérité et la clarté.

Dans le contexte actuel, chacun apportera la réponse qu’i pense juste et appropriée sur le regret ou non des applaudissements et des baisés langoureux du 5 septembre. Et il est vrai que le déroulement des faits pose question, interroge et nécessite « encore une fois » une rectification.

London Camara,

Directeur de publication.

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