Editorial

Cellou Dalein Diallo : sera-t-il président un jour ?

Le président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) et Chef de file de l’opposition guinéenne, Monsieur Cellou Dalein Diallo a fait une sortie remarquée ces derniers jours. Cette sortie relative à la future échéance présidentielle prévue en 2020 restera comme un marqueur dans le débat public guinéen, dans un contexte politique et social qui risque d’être animé. Dans la perspective de la future bataille présidentielle, Monsieur Diallo dit se « préparer à l’exercice du pouvoir en 2020 ». Ce qui est de la part d’un politique, plutôt rassurant. En effet, savoir que l’un des aspirants principaux à la magistrature suprême du pays, peaufine et affine la gouvernance qu’il souhaite incarner dans environ deux ans est quelque chose de rassurant pour les citoyens et électeurs que nous sommes. Cette préparation s’apprécie plus lourdement lorsque l’on sait que le patron de l’UFDG affirme avec force et conviction sa capacité à gagner l’élection présidentielle de 2020 « dès le premier tour ». Une sorte de coup KO à l’envers.

La déclaration du président de l’UFDG constitue un tournant dans la perspective de l’élection de 2020. Au-delà de l’aspect communication qu’elle comporte il y a une volonté qui sonne comme un avertissement dans cette sortie « qui peut » se lire comme « attention ! 2020 c’est moi ». Nous allons essayer en parfaite objectivité de décrypter et d’analyser les atouts et les faiblesses de l’UFDG et de son président qui revendiquent déjà l’alternance.

Nous aborderons des éléments essentiels tels que l’organisation de l’UFDG et sa communication, la personnalité de Monsieur Diallo et la stratégie politique et électorale. Nous passerons aussi en revue le paramètre ethnique dans le contexte politique et électoral guinéen. Ces éléments nous semblent essentiels dans la conquête du pouvoir. Une élection présidentielle comme dirait De Gaule « c’est la rencontre d’un homme avec le peuple ». Et gagner une élection présidentielle ne peut s’opérer sans une véritable organisation de masse structurée et disciplinée et qui s’incarne dans un parti politique solidement implanté.

L’UFDG dans le paysage politique guinéen !

Le paysage politique guinéen compte plus de deux cents partis qui concourent tant bien que mal à l’expression et à la vitalité démocratiques de la nation. Comme dans beaucoup de pays (africains surtout) seuls quelques-uns peuvent revendiquer une « dynamique d’existence ». Au nombre de ces parti il y a le RPG, l’UFDG, l’UFR et le PEDN.

L’UFDG demeure la principale force politique de l’opposition. De par sa masse militante mais aussi et surtout de par les résultats électoraux, il est difficile de denier ou de contester au parti de Monsieur Diallo ce leadership.

L’UFDG

  • Parti vertical :

L’UFDG, comme la part des partis politiques guinéens, s’articule autour de son président Monsieur Cellou Dalein Diallo. C’est l’ossature existentielle du parti. Cette verticalité n’est pas en soi un frein au fonctionnement d’une organisation. Elle permet d’accélérer la prise de décision. Nous avons vu par exemple que la décision d’exclusion du vice-président du parti Monsieur Bah Oury a été prise très rapidement.

Les autres instances du parti comme le conseil politique, le bureau exécutif national, le conseil national et le congrès se fondent essentiellement sur la mise en œuvre de la volonté présidentielle. Encore une fois une décision lourde de conséquence comme l’exclusion définitive du parti d’un vice-président n’a fait l’objet d’aucune consultation auprès des militants. La structuration verticale comme dans toutes les organisations peut être un frein au débat. Si dans une structure économique ou administrative les longs débats ne sont pas « indispensables », dans un parti politique c’est l’essence même de la démocratie. Le débat contradictoire est absolument fondamental.

Parti de masse peu formée

L’UFDG dispose d’une masse militante solide et fidèle à la fois au parti et à son président. Pour tout parti politique c’est une nécessité. L’arrivée à la présidence du parti de Monsieur Diallo a permis de densifier et d’élargir l’installation des structures de représentation locale (comité de base, section et fédération). Le maillage territorial a, il faut le dire, été efficace. Cependant la quantité a prévalue sur la qualité. Plusieurs militants et responsables du parti n’ont aucune « éducation politique ». Il y a certes de la masse mais elle est déniée de substance grise. Le comportement de certains militants et responsables du parti attestent de ce manque de densité et de profondeur dans la réflexion et l’action.

Un parti politique ce sont des militants mais bien formés capable d’anticiper des stratégies et de réfléchir à des orientations. Les militants représentent les yeux et les oreilles des instances supérieures du parti. Ils sont surtout les ambassadeurs au niveau local du parti et sont appelés à tisser des liens et à élargir la base en continu. Ce qui nécessite tact, finisse et intelligence dans la façon de militer, d’aborder et de débattre avec les autres.

Parti en manque de cadres

Nous l’avons vu, l’UFDG est un parti vertical et de masse. Le parti manque de cadres capables de réfléchir sereinement dans l’ombre afin de proposer des solutions et des stratégies solides, pertinentes et cohérente. Si le parti a réussi à faire adhérer quelques jeunes cadres comme Alpha Mamadou Diallo, Nadia Nahman, des anciens du FUDEC de Fançois Louceny Fall… il peine à mobiliser la jeune Intelligentsia du pays. On peut penser que dans le contexte guinéen, les jeunes ne veulent pas s’afficher politiquement ou tout simplement ne trouvent pas d’intérêt dans l’engagement politique.

Cellou Dalein Diallo, sympathique mais !

Le président de l’UFDG jouit certainement d’une très forte sympathie au sein de la population guinéenne. Il est probablement le personnage politique le plus populaire du pays. Mais il peine à transformer ce sentiment populaire en capital politique et électoral, même si les dernières élections municipales montrent que son parti réalise une percée significative dans tout le pays et particulièrement en Basse Guinée. Seulement, pour l’heure il ne suscite pas une forte adhésion capable d’entrainer et de créer une majorité électorale. Il est perçu comme hésitant voir même « faible ». Au sein même du parti on reconnait « en off » le manque de ce trait de caractère fort capable de s’imposer naturellement. Il suscite un sentiment contradictoire tant il jouit d’une forte personnalité mais dépourvu d’un leadership et d’un charisme incontestables.

Au niveau international s’il dégage une bonne image d’un homme sage, sérieux, et compétent, là aussi il n’engage pas l’assurance, la certitude et la fermeté. En politique il est peut-être préférable d’être sérieux avec fermeté que sage. La politique est un milieu difficile sans état d’âme qui ne laisse pas de place aux âmes sensibles.

Une communication et une stratégie hasardeuses :

L’UFDG et son président souffrent d’un manque de communication efficace. L’image du parti et de son président sont souvent abimés. C’est une internaute qui résume bien cette difficulté de l’UFDG à se sortir des certaines situations par simple anticipation. Evoquant la polémique relative à la non suspension par l’opposition des manifestations pendant le carême chrétien Djen Boiro Sylla avance « Si l’UFDG n’a pas arrêté ses manifestations pour le carême c’est juste une suite logique de ce qui est depuis toujours. Ils auraient dû le faire par respect mais hélas ! comme toujours CDD (Cellou Dalein Diallo, NDLR) a manqué de tact…l’UFDG à ses tares que nous connaissons tous, ils ont un leader qui n’arrive pas à redorer le blason de son parti au-delà de ses militants et qui tient parfois des discours à donner des maux de tête ».

Madame Sylla fait bien de souligner le manque d’anticipation du parti et des ses responsables sur ce cas précis. Ils auraient dû anticiper la demande de l’épiscopat et annoncer une suspension des manifestations afin de tenir compte du carême chrétien. Cette anticipation aurait eu un double sens. Elle aurait envoyé un signal fort à la communauté chrétienne du pays quant au respect que l’UFDG et ses responsables accordent aux chrétiens Guinéens. Elle aurait par ailleurs montré le sens de l’anticipation et la maitrise de la communication politique dans le temps.

La communication et la stratégie politiques sont fondées sur l’anticipation et l’action. Les partis politiques ont vocation à prévoir et agir et non à subir et réagir. L’UFDG subit souvent les évènements et est toujours dans la réaction. Le parti se retrouve dans une situation de communication d’urgence et de crise au lieu de s’inscrire durablement dans une logique d’action et de maitrise des évènements.

L’autre problématique de la communication de l’UFDG réside dans les sorties et déclarations de certains de ses responsables et militants dans le débat public. Là aussi Madame Sylla fait bien de pointer du doigt sur un « leader qui n’arrive pas à redorer le blason de son parti au-delà de ses militants et qui tient parfois des discours à donner des maux de tête ».

La stratégie politique du parti souffre aussi d’un manque de vision. L’exemple le plus illustratif s’incarne dans les manifestations politiques. Nous avons déjà traité ce sujet que vous pouvez lire ici (http://laguineeka.com/opposition-des-manifestations-legitimes-et-des-interrogations/). Depuis l’arrivée au pouvoir du président Alpha Condé, l’opposition dite Républicaine s’exprime régulièrement à travers la rue. Ce qui est, il faut le noter, toute légitime et légal. Mais ces manifestations qui certainement n’ont pas abouti aux résultats escomptés sont-elles la seule stratégie ? A propos l’ancien porte-parole de l’opposition Républicaine Aboubacar Sylla dénonce chez nos confrères de mediaguinee « …Nous nous avons dit que depuis 7 ans on fait la même chose, depuis 7 ans on fait des  manifestations, on sort dans la rue…Quand tu fais pendant 1 an, 2 ans, 3 ans jusqu’à 7 ans la même chose et tu n’as pas de résultats, assieds-toi et réfléchis et si j’essayais comme ça et si j’essayais autre chose et si je changeais de méthode mais malheureusement nous n’avons pas été compris ». Comme dit le philosophe les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets.

Il y a nécessité que l’UFDG réfléchisse à d’autres alternatives afin de contraindre la majorité présidentielle à satisfaire à ses revendications.

Stratégie électorale à définir !

La conquête du pouvoir necessite une stratégie électorale solide et cohérente. Toutes les alternances démocratiques intervenues ces dernières années le prouvent. Aucun parti en Afrique ne peut gagner une élection tout seul. Au Sénégal, Abdoulaye Wade a conquis le pouvoir contre Abdou Diouf grâce à la large coalition Sopi. Macky Sall a à son tour réussi à remporter la présidentielle contre Monsieur Wade grâce à une large coalition. Tout récemment au Benin, Patrice Talon a remporté l’élection grâce à une alliance élargie négociée bien avant le premier tour. En Cote d’Ivoire où Alassane Ouattara avait la certitude d’arriver à la présidence, a pensé utile de s’octroyer la bénédiction du PDCI et de Konan Bédié. Monsieur Ouattara et le RDR auraient pu se passer de s’encombrer d’une alliance mais ils ont vite compris que ne serait-ce que pour la gestion du pays, il faut un allié solide. Enfin l’histoire montre que le candidat Alpha Condé du bas de ses 18% a réussi un coup de maitre au deuxième tour en 2010 en bâtissant une large coalition de petits partis politiques d’associations. Il a réussi à battre (dans les conditions que l’on sait) Monsieur Diallo du haut de ses 44 % acquis au premier tour.

La question de la stratégie électorale de l’UFDG et de Monsieur Diallo dans la perspective de 2020 se pose avec acuité dès maintenant. Réussiront-ils à bâtir une coalition large et solide ? L’avenir nous édifiera.

On peut tout simplement constater que depuis 2010, l’UFDG et Monsieur Diallo ont perdu tous leurs alliés. De l’UFR de Sidya Touré à la NGR d’Abé Sylla en passant par la GECI, NFD et tout récemment l’UFC.

L’obstacle ethnique à franchir :

C’est un secret de polichinelle. La vie politique guinéenne est rythmée par l’appartenance ethnique. Tous les partis politiques, les principaux particulièrement, sont fondés sur des logiques d’appartenance ethniques. Le RPG et le PEDN ont pour base électorale la Haute Guinée et la communauté Malinké. L’UFR qui se veut transversal est majoritairement composée de la communauté Diakhanké, qui vote comme un seul homme pour Sidya Touré. L’UFDG, ce n’est pas un mystère, a son fiel dans le Foutah et la communauté Peulhe.

L’UFDG, par le manque d’une bonne communication, souffre particulièrement des critiques fondées sur l’ethnie. Le parti n’arrive pas démonter la stratégie (adoptée par la plupart des grands partis) qui veut la confiner dans son appartenance au Foutah. Même un opposant Malien s’est permis ces derniers jours de qualifier Monsieur Diallo de « chantre de l’ethnocentrisme ».

La question ethnique se pose par ailleurs quant à l’arrivée au pouvoir d’un Peulh en Guinée. Une bonne partie du pays s’inquiète de cette perspective quand on sait que l’activité économique est largement dominée par la communauté Peulhe. Et il faut le dire aussi, certaines expressions entendues au quotidien dans la cité de la bouche de certains militants de l’UFDG ne sont guère rassurantes. Des expressions comme, nous avons les plus belles femmes, nous sommes les plus nombreux, les plus intelligents, nous sommes les plus riches… ne permettent pas aux autres communautés de se fonder une confiance dans la capacité du Peulh à conduire les destinées de la nation de façon équitable.

Sur la route de Sekhoutoureyah et d’ici 2020 Cellou Dalein Diallo doit vaincre toutes ces réticences, établir un lien de confiances avec tous les Guinéens. Cela nécessite des mutations et des transformations profondes dans la structuration, le fonctionnement de l’UFDG et dans la personnalité de son président.

Le parti dispose d’atouts solides et une masse militante acquise. Il faut maintenant s’ouvrir et rassurer les autres.

L’UFDG doit éduquer et former ses militants. Pour cela la suppression de l’Assemblée générale hebdomadaire (véritable défouloir des militants et responsables) semble nécessaire. De même la dissolution de la section motard machine d’exhibition matérielle est un impératif. Ces deux structures pourraient être transformées en école de formation de cadres et militants à l’image que ce que vient de faire la France Insoumise (FI) de Jean-Luc Mélenchon en France. La FI vient d’inaugurer une école de formation de ses cadres. Des cours sont dispensés par des universitaires et des experts politiques et des communicants pour former les militants et les cadres sur l’action politique et le militantisme, l’expression dans les médias…

L’UFDG pourrait s’inspirer de cet exemple afin d’initier et former ses cadres et militants à l’action politique et au militantisme.

Nous n’apporterons pas de réponse sur la question : Cellou Dalein Diallo, parviendra-t-il à devenir président un jour ? Nous pensons avoir balisé le chemin et examiné la question tout au long de cette analyse. Nous laisserons à chacun de nos lecteurs le choix de fonder sa conviction à l’aune du réel et de l’irréel. En effet, la politique recèle une part d’irréel qui échappe au comment du mortel.

La Rédaction.

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