Actu Editorial

La dépréciation de la dette guinéenne par le FMI : conséquences et solutions !

La mission d’évaluation du fond monétaire international (FMI) est en séjour à Conakry depuis quelques jours. Les experts et autres économistes, comptables et gestionnaires de l’organisation monétaire internationale scrutent les comptes publics du pays en lien avec les données économiques et sociales. Ces missions récurrentes dans les pays concernés (souvent des pays africains en difficultés) permettent d’établir des évaluations et des bilans d’étape sur l’exécution et la gestion budgétaire. A la fin de chaque mission un rapport final et des préconisations en matière budgétaire sont élaborés et soumis aux gouvernements concernés ainsi qu’au conseil d’administration du FMI.

Cette mission à Conakry a permis aux experts du FMI d’évaluer la gestion de la dette de notre pays. Et le constat dressé est alarmant. La dette souveraine de la Guinée n’a pu recueillir qu’un petit D sur un intervalle allant de A à D avec des subdivisons. La meilleure note est le tripe A (AAA), qui atteste « une meilleure qualité de signature avec des capacités de remboursement extrêmement élevés non susceptibles d’être affectés par des évènements extérieurs ». La pire notation est la note D qui signifie simplement que le pays ou l’organisme est en « défaut ».

Il faut rappeler que la notation tient compte de beaucoup de facteurs : les données et paramètres économiques, la gouvernance, la situation politique et sociale…

Pour les pays et organismes évalués cette note permet de mesurer leur capacité de remboursement. Pour les créanciers cette notation constitue la base d’évaluation du service de la dette en fonction des risques. La note elle-même mesurant ce risque, il est donc facile de comprendre que plus un pays est bien noté, plus il a des facilités d’endettement avec des taux très favorables. A l’opposé, un pays mal noté aura d’énormes difficultés à mobiliser et convaincre les créanciers. Ce qui implique des conditions d’endettement très difficiles et des taux d’intérêt (service de la date) considérables.

Cette incapacité à lever des emprunts et des fonds explique l’adossement sous forme de garanti à certains pays occidentaux les dettes des pays africains. Cet adossement a bien évidemment une influence notable sur la souveraineté politique, économique, monétaire et diplomatique.

Concrètement cette notation (D) attribuée par la mission du FMI signe la défaillance de la Guinée. Les conséquences peuvent rapidement se ressentir, dans un pays en manque de trésorerie. Nous aurons du mal à emprunter dans les prochains mois, ce qui implique que le gouvernement aura du mal à tenir ses engagements en termes de dépenses courantes. Il faut juste rappeler que le gouvernement a conclu récemment avec les syndicats un relèvement de la masse salarial. L’autre conséquence se ressentira sur le financement des projets soumis à l’obtention des crédits d’emprunts. Si le gouvernement n’arrive pas à lever des fonds, ces projets ne pourront être réalisés.

Comment faire face. D’abord il faut engager un projet de reforme administratif ambitieux, qui ne se limite pas simplement à des nominations. Il faut une réflexion de fond sur le rôle, les statuts, les missions, les moyens de contrôle de la fonction publique. Encore une fois, nous l’avons déjà dit dans d’autres articles, le facteur humain demeure le premier capital d’un pays. Les projets sont gérés par des hommes. Ces hommes (agents publics) doivent acquérir la compétence, l’intégrité et l’éthique nécessaires pour agir au nom de la nation dans la gestion et l’exécutions des projets. L’administration guinéenne telle qu’elle est aujourd’hui ne peut soutenir un projet de développement. Elle est peu formée et peu intègre. Elle doit donc être formée et reformée.

L’autre aspect qui permettra d’optimiser la gestion budgétaire du pays réside dans la bataille (qui helas ! reste à mener) qu’il faudra engager dans la lutte contre les pillages des deniers publics. Le gouvernement doit engager une stratégie cohérente de lutte contre la corruption, qui doit être fondée sur l’application de la loi par des sanctions judiciaires et administratives. Le laissé aller ne fera que faire valser l’économie du pays. Le gain sera énorme à la fois en termes budgétaires et de crédibilité. Nous aurons plus d’arguments à faire valoir sur les marchés financiers avec une administration compétente et intègre et une économie structurée et saine.

Enfin le gouvernement doit entamer la restructuration du secteur économique. L’économie guinéenne reste encore très informelle, ce qui ne facilite pas le recouvrement des impôts et autres taxes. La mobilisation des ressources intérieures doit être le premier levier budgétaire. Mais sans un recouvrement efficace cette mobilisation n’atteindra que des objectifs modestes. Il faut structurer cette économie informelle pour l’accompagner vers des mutations modernes. Tout le monde doit contribuer à l’effort national, du cireur des chaussures aux banquiers en passant par le commerçants, l’avocat, le notaire, l’agriculteur, le pécheur…

Le président de la République a deux ans pour agir et bâtir les fondements sur lesquels son successeur pourra assoir le développement du pays.

La Rédaction.

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