Editorial

Modifier les résultats : une gymnastique électorale risquée

Le comité de suivi du dialogue politique est chargé de procéder à l’harmonisation des résultats de la consultation municipale de février dernier.  L’annonce en a été faite par le président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) et chef de file de l’opposition guinéenne, Monsieur Cellou Dalein Diallo. Dans la foulée de sa rencontre avec le président de la République, Monsieur Alpha Condé. Lors de la conférence de presse savamment orchestrée par les services de Sekhoutoureyah, Monsieur Diallo a porté à la connaissance des journalistes présents, dans sa déclaration luminaire que le chef de l’Etat a mandaté le comité de suivi afin d’étudier et d’examiner les voies et moyens permettant de répondre aux revendications de l’opposition afférentes aux résultats de l’élection municipale. L’opposition conteste en effet, ces résultats au motif que la crédibilité de l’élection aurait été entachée par des graves fraudes.

Après la publication des résultats par la commission électorale nationale indépendante (CENI), une frange de l’opposition, dite Républicaine, a entamé des marches de protestation au cours desquelles plusieurs victimes civiles ont été enregistrées. La gravité des violences et le risque d’instabilité politique ont fini par décider le chef de l’Etat à engager une concertation avec les forces politiques du pays. Dans le cadre de ces consultations, l’honneur est revenu au patron de l’opposition, Cellou Dalein Diallo d’être reçu en premier et en grande pompe et avec le sourire à Sekhoutoureyah. Le chef de l’Eta a par la suite reçu le président de l’Union des Forces Républicaines (UFR), Monsieur Sidya Touré et le président du groupe parlementaire du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) – majorité présidentielle – à l’assemblée Nationale, Monsieur Damaro Camara.

Dans la perspective de la mise en œuvre de la recommandation du chef de l’Etat, le comité de suivi qui était resté longtemps en manque d’inspiration a repris ses travaux. Il faut rappeler que ce fameux comité, présidé par le ministre de l’administration du territoire, est composé des représentants de l’Etat, de la communauté internationale, des partis politiques et de la société civile. Même l’UFR qui avait claqué la porte de ce comité a trouvé utile de le réintégrer. Il importe de rappeler que l’UFR bien qu’associée à la majorité présidentielle, conteste avec la même vigueur les résultats de l’élection municipale.

Le comité de suivi se voit ainsi confier la difficile mission de trouver une solution à une équation aux variables juridiques complexes. La CENI a publié les résultats définitifs et légalement toutes les voies de recours sont épuisées. En outre, une question fondamentale demeure pour l’instant sans réponse. Un organisme, fût-il le comité de suivi, peut-il et a t-il le droit de remettre en cause des résultats électoraux validés par les institutions légales d’un pays ? Voici la question préliminaire à laquelle il faudrait répondre avant d’entamer l’examen des solutions « à envisager ». Un autre obstacle de taille se dresse devant le comité de suivi : la reconnaissance de la nécessité d’ajuster les résultats implique « explicitement » la reconnaissance de l’invalidité de l’élection. En effet, il n’est pas possible de normaliser une situation normale. La normalisation implique un fait anormal, qui ne se serait pas réalisé ou n’aurait pas été réalisé dans le respect de la loi. En somme une reconnaissance, le fait que les élections n’ont pas été organisées dans le respect des normes et des standards démocratiques. La République, à travers ses représentants dans le comité de suivi, la communauté internationale et la société civile reconnaissent ainsi le manque de crédibilité de la consultation. Le président de la République qui a instruit le comité afin de lisser les résultats admet officiellement par cette instruction l’invalidité des élections. Toute la problématique est là : comment concilier l’invalidité reconnue d’une consultation électorale et les besoins de paix sociale et de stabilité politique ?

Les juristes devront se torturer les neurones pour imaginer une gymnastique juridique et constitutionnelle acceptable. L’une des solutions serait l’annulation et la reprise de la consultation. Mais ce n’est probablement pas la piste qui sera privilégiée par le comité. Il cherchera la solution qui permettra la transformation d’une illégalité en une situation normale, afin de calmer les esprits.

C’est donc la violation de la loi et de la constitution qui permettra de sauver la paix sociale et la stabilité politique.

La Rédaction.

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