Politique

Nouveau gouvernement : Bataille de succession et luttes intestines

Le président de la République a annoncé début mars, la formation d’un nouveau gouvernement. Depuis, les Guinéens sont dans l’attente de l’annonce de l’architecture et de la composition de ce nouveau gouvernement. Le président Alpha Condé entretient le suspense. Il mène des consultations en cercle réduit. Il reçoit, écoute et prend note.

Les rumeurs vont bien train dans les médias quant à la composition de ce nouveau gouvernement. Mais comme nous l’avons déjà écrit (http://laguineeka.com/nouveau-gouvernement-des-consultations-dans-la-discretion/)  peu de gens sont en réalité au parfum de la volonté présidentielle.

Alors comment expliquer la lenteur dans l’annonce de ce qui pourrait sembler le dernier gouvernement du président Condé, qui il faut le noter termine dans deux ans son deuxième et dernier mandat. Plusieurs facteurs expliquent le retard observé dans la formation de ce nouveau gouvernement.

La pression du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) :

Le RPG, principal parti de la majorité présidentielle semble avoir mis tout son poids dans le choix des hommes. D’ailleurs dans une interview chez nos confrères d’Africaguinée, le chef de file de la majorité présidentielle à l’assemblée nationale, Monsieur Amadou Damaro Camara avait annoncé la couleur en revendiquant toute la légitimé du RPG à vouloir être aux commandes. Il avait tenu à rappeler au chef de l’Etat que c’est « Le RPG qui a présenté M. Alpha Condé comme candidat, c’est le RPG qui l’a fait élire ». Il insister sur le fait que le RPG a vocation à incarner le pouvoir et à gouverner « … Que vous me demandiez si le RPG a des désirs. Oui bien sûr… le RPG a toutes les raisons de vouloir être le parti au pouvoir, la prétention d’avoir le Premier ministre issu de ses rangs ».

Cette sortie de Monsieur Damaro permet de mesurer la pression, sommes toutes légitime, exercer par le RPG sur le chef de l’Etat dans le choix des hommes et des femmes du futur gouvernement.

Bataille de succession et luttes intestines :

L’autre élément qui pourrait expliquer le retard dans l’apparition de la fumée blanche dans le ciel de Sekhoutoureyah, réside dans les luttes intestines qui opposent les différents ténors de la majorité. La perspective de fin de mandant du chef de l’Etat aiguise les appétits et exacerbe la lutte entre potentiels dauphins. Les adverses s’observent attentivement. Le président Condé, n’a encore pas choisi un dauphin. En tout cas pas publiquement. Ce qui laisse la porte ouverte et permet l’espoir aux aspirants de la fonction présidentielle.

Les potentiels dauphins sont conscients que celui ou celle qui sera mis sur la bonne orbite lors de ce remaniement aura pris une longueur d’avance. Le ministre d’Etat en charge de l’investissement et des partenariats public-privé, Monsieur Kassory Fofana a été le premier à manifester publiquement et explicitement son appétit. Dans une campagne médiatique savamment orchestrée, il a nettement affiché ses ambitions. http://laguineeka.com/loffensive-mediatique-de-kassory-fofana-une-operation-de-preparation-mentale/.

Fait, inédit, il a lui-même annoncé avoir été sollicité et être en négociation avec le chef de l’Etat pour remplacer Mamady Youla au Palais de la Colombe. Cette sortie difficile à cerner, a suscité des vives réactions et des violents critiques. Les militants de l’Union de Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), se sont montrés particulièrement hostiles à une éventuelle nomination de Monsieur Fofana à la primature. Cette hostilité, futile, pose question quant à la stratégie de l’UFDG et de sa capacité à fédérer. Mais ce n’est pas le sujet.

Le principal obstacle de Monsieur Fofana, reste l’opposition interne des caciques de la majorité qui voient d’un mauvais œil l’arrivée à la primature de cet homme au carnet d’adresse très fourni. En effet, Monsieur Fofana a été des tous les rouages politico-administratifs de ce pays. Ancien homme de confiance du Général Conté, il est au fil du temps devenu un personnage central de la majorité actuelle. Ancien ministre de l’économie et de finance et actuelle ministre en charge de l’investissement et des partenariats public-privé, Monsieur Fofana, Don Kass pour les intimes, a pu tisser des solides relations tant nationales qu’internationales. Son éventuelle arrivée au Palais de la Colombe le prédisposerait en pole position dans la perspective de l’élection présidentielle de 2020. Ce que les autres prétendants à la succession n’ignorent certainement pas.

La décision finale revient au chef de l’Etat qui semble vouloir former un gouvernement qui lui permettrait de poser les jalons d’un bilan honorable d’ici 2020. Ce qui lui permettrait de partir sur une note positive au regard de son action qui pour le moment ne semble pas susciter l’adhésion de la majorité de ses compatriotes.

La Rédaction.

Laisser un commentaire